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Magazine PROF n°29

 


Dossier Ils ont décroché, ils ont repris pied

Han : « Des feux se sont allumés »

Article publié le 01 / 03 / 2016.

Hân (1) a quitté l’école après une 3e technique et jusqu’à l’âge de 21 ans. Il a raccroché ensuite dans l’enseignement de promotion sociale pour obtenir le CESS. Après un régendat en math, il enseigne dans une école bruxelloise.

PROF : Pour quelles raisons avez-vous arrêté l’école ?
Hân :
Je crois que je m’ennuyais déjà en primaire. Je ne ressentais pas de générosité, pas d’empathie chez les enseignants. Je crois qu’ils n’avaient pas le désir de comprendre le petit bonhomme qui était en face d’eux.

Quand j’ai changé d’école en primaire, je suis passé d’une culture à une autre, complètement différente. Je venais d’une école multiculturelle où le fait de performer n’était pas super bien vu. Le premier de la classe était un frotte manche ou un Flamand. Je suis arrivé dans une école bourgeoise où on pensait le contraire. Je ne m’y retrouvais pas.

Votre passage dans le secondaire, comment s’est-il déroulé ?
Après la 5primaire, je suis passé en 1re accueil, puis en 1re secondaire dans une autre école. L’école me rendait pratiquement malade. J’ai doublé cette première, puis j’ai été orienté vers une classe technique option tourisme. Tourisme dans tous les sens du terme… Je n’ai pas choisi. J’ai arrêté complètement l’école jusqu’à l’âge de 21 ans. Mes parents étaient probablement inquiets mais ils m’ont laissé faire ce que je voulais. J’étais logé, nourri, blanchi. Pendant ces années-là, j’ai fait de la musculation, beaucoup lu – un roman par semaine. Je me suis inscrit à l’Enseignement à distance mais je ne rendais pas les travaux demandés.

Qu’est-ce qui vous aurait permis de ne pas décrocher ?
Il devait y avoir l’effet de la crise d’adolescence. Mais franchement, je n’ai pas eu l’impression de rencontrer à l’école à cette époque des enseignants qui incarnaient vraiment leur matière, qui voulaient ouvrir l’horizon des élèves. Si j’avais fait cette rencontre-là, cela se serait sans doute mieux passé. Je ne comprends pas que lorsqu’on est prof, on ne lise pas, on ne soit pas tout le temps là-dedans. On me dira qu’ils n’ont pas le temps, qu’ils ont une famille. Justement, ils devraient y être encore plus sensibles. Peut-être faut-il mettre un concours à l’entrée des études qui mènent à l’enseignement ?

Et puis, je n’étais pas bien dans mes relations avec mes pairs. J’appartenais au monde de l’immigration, mais mes parents étaient plutôt des déracinés : ma mère est vietnamienne, mon père congolais et ils se sont rencontrés en Afrique puis ont vécu en France. J’essayais d’être à la mode mais mes gouts, mes aspirations étaient différents des autres élèves de la classe (j’écoutais Bouillon de culture, par exemple).

Qu’est ce qui vous a permis de vous raccrocher ?
Des feux se sont allumés. Je dirais : le regard des autres, notamment des femmes. Dire qu’on a juste un diplôme de primaire, ça ne le fait vraiment pas ! J’ai fini par passer le test d’admission dans une école de promotion sociale, et puis j’ai fait la formation menant au CESS. Cela m’a pris trois ans car j’ai dû recommencer à cause du néerlandais. Un jour j’ai acheté un livre de math de Sokolowsky, professeur à l’Université de Bucknell (Pennsylvanie) gue l’ai lu pendant toute la nuit et puis, je me suis dit que je m’orienterais vers les maths. J’ai vu qu’une démonstration, c’est juste beau…

Ensuite, j’ai voulu aller à l’université et travailler en même temps. Cela n’a pas marché. J’ai fait un régendat en maths. J’ai suivi un cours par correspondance de l’Université Pierre et Marie Curie. J’ai donné des cours particulier pendant cinq ou six ans et maintenant, je suis prof de math dans une école secondaire.

Vous dites que vous vous ennuyiez à l’école ? Comment essayez-vous d’éviter cela à vos élèves ?
Mes élèves me disent que je suis motivé, que ça se voit. Je poste des vidéos pour leur expliquer des morceaux de matière, je donne des explications en dehors des heures. Je leur tends des perches en leur disant : « Il y a des exercices avec les correctifs »… Mais toujours avec la peur de tomber dans l’assistanat.

Je pense que pour comprendre quelque chose, il faut au minimum qu’ils le découvrent et l’expérimentent eux-mêmes. Alors, je leur donne des défis et j’essaie de relier les maths à l’histoire, de leur montrer que ça fait partie du patrimoine. Par exemple, je leur raconte qu’à la fin du 18e siècle, un prof avait demandé à ses élèves de 10 ans de faire la somme des nombres de 1 à 100. Gauss, qui est devenu ensuite un très grand mathématicien, a réussi très vite à donner la réponse correcte en regroupant les termes extrêmes par deux. Sans le savoir, il avait découvert la formule permettant de calculer la somme des termes d’une série arithmétique. Les trois quarts de mes élèves ont fait ce travail et ils ont discuté avec leurs parents ; certains sont venus avec trois pages de calcul.

Un autre exemple. Je leur dis : « Trouvez-moi trois nombres impairs dont la somme fait 30 ». Ils essaient, n’y arrivent pas et après ils veulent savoir pourquoi…

Propos recueillis par
Catherine Moreau

(1) Prénom d’emprunt

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