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Magazine PROF n°29

 


Dossier Ils ont décroché, ils ont repris pied

Du « laisse béton » à la reconstruction

Article publié le 01 / 03 / 2016.

Formé au métier de maçon à l’Ifapme, Guillaume Vandeberg travaille aujourd’hui à son compte. Son parcours scolaire chahuté l’a conduit à prendre un jeune apprenti sous son aile… Récit.

Ennuyeuse, l’école ? « Pas du tout. Je m’y suis toujours amusé. Peut-être un peu trop », commence Guillaume Vandeberg. Pourtant, le parcours scolaire de ce jeune entrepreneur qui affiche un carnet de commandes bien rempli n’a rien d’un sentier tranquille.

Guillaume Vandeberg : « Me laisser faire ce que je voulais, à 20 ans, ce n’était pas la bonne méthode ».
Guillaume Vandeberg : « Me laisser faire ce que je voulais, à 20 ans, ce n’était pas la bonne méthode ».
© PROF/FWB/Jean Poucet

Les difficultés commencent dès le début du secondaire, après des primaires sans problème. « J’étais dans une école élitiste. Là, si vous n’êtes pas dans le top 3, vous n’êtes pas suivi par les enseignants ni par le reste des élèves ». À la 1re secondaire succède une année complémentaire, puis une autre.

En décembre, la directrice propose à l’adolescent, que seule l’activité complémentaire artistique intéresse, de gagner une 3e professionnelle option Arts plastiques, dans une autre école. « J’ai accepté ; mes parents aussi. Le dessin me plaisait et, de toute façon, je ne faisais rien de bon ». Dans cette nouvelle école où il se juge « redescendu d’un échelon », il trouve des « profs laxistes » et des « élèves baba cool ». « À 14-15 ans, ça plait beaucoup… »

« Ma tête n’était plus à l’école »

La solution ? « Cela a très bien marché pour le cours d’art, mais je n’en avais rien à cirer des cours généraux. En 3e, sans problèmes, j’ai revu la matière de 1re puis j’ai triplé la 4e. J’étais absent, ou présent physiquement. Mais ma tête n’était plus à l’école ».

Quels éléments auraient pu lui éviter ce décrochage ? Avec le recul, Guillaume Vandeberg est sans appel : « Me laisser faire ce que je voulais, ce n’était pas la bonne méthode. Si on n’est pas tenu jusqu’à 20 ans, on est vite largué. On n’est pas mûr avant. On n’a aucune notion du bien et du mal ». Mais il ajoute, sans illusion : « De toute façon, je ne croyais pas à ce moment ce que disaient les enseignants et les parents. Cela entrait par une oreille et ça sortait immédiatement par l’autre...  ».

Le jeune entrepreneur juge aussi qu’il a été mal orienté. « Ce n’est pas parce que j’aimais le dessin que je me voyais en faire un métier plus tard. Mais encore une fois, j’étais têtu et il n’y avait pas grand-chose à faire. Si un prof m’avait proposé alors d’être maçon, je ne l’aurais pas écouté ».

Tu bosses à l’école ou tu travailles

L’élément qui déclenche le mécanisme de raccrochage, dans son cas, c’est une phrase cinglante de son oncle et parrain : « Ça suffit : ou tu vas bosser à l’école ou tu vas travailler !». Un entrepreneur effectuant des travaux chez un voisin cherche un apprenti-maçon. Le jeune homme se présente pour un contrat d’apprentissage et s’inscrit à l’Ifapme (Institut wallon de Formation en Alternance et des indépendants et Petites et Moyennes Entreprises) de Grâce-Hologne, où il doit suivre une journée de cours théoriques et pratiques par semaine.

La première année, l’étudiant vit sur ses (bons) acquis scolaires de primaire et du début du secondaire. Ça se gâte la deuxième. « J’ai été présent aux cours généraux trois jours sur toute l’année. Le décès de mon père m’a fait perdre mes repères. Je ne me sentais pas bien en classe. Par contre, je n’ai jamais manqué une journée de travail avec mon patron. Je l’accompagnais même le weekend, par plaisir. Le travail, c’était un refuge et j’y étais valorisé, encouragé ».

À la fin de l’année, le verdict tombe : Guillaume Vandeberg doit redoubler son année pour les cours généraux mais passe en 3e – et dernière année - pour les cours pratiques.

« On m’appelait Il capo »

Le jeune apprenti souligne un élément déterminant dans son parcours : « Mon prof de maçonnerie, Michel Kelchtermans, voyant ma manière de travailler, a cru qu’il y avait moyen de faire avec ce petit gars quelque chose de correct ». Aidé par Laëtitia Beckers, conseillère en éducation du centre Ifapme, il convainc Guillaume de participer à un concours européen à Florence, avec sept autres apprentis maçons wallons.

« Il fallait rénover une ancienne toiture, se souvient M. Vandeberg. Le prof qui me voyait l’âme d’un chef d’équipe m’a demandé de diriger la moitié des apprentis. Il venait souvent me demander conseil, car nous travaillions bien et nous avons même fini la rénovation toiture avec cinq jours d’avance sur le planning. Cela a été la consécration ! Il m’a fait confiance ; on m’appelait Il capo (le chef, en italien). Quand je suis revenu en Belgique, je n’avais plus qu’une idée en tête : finir l’école en réussissant aux cours généraux pour avoir l’accès à la profession. Je me suis mis à écouter et c’était juste assez ».

Et d’ajouter : « Au centre Ifapme, les profs de pratique nous parlaient avec des mots de tous les jours. J’ai l’impression que d’autres enseignants, dans les cours généraux, voulaient faire trop de pédagogie. Quand on vous dit : T’es pas capable, tu n’arriveras jamais à rien, on a juste envie d’en faire deux fois plus pour prouver le contraire. Je pense qu’on cajole trop les élèves ; on les prend trop par la main. Dans la vie professionnelle, pour trouver des clients, on ne vient pas vous prendre par la main. La chance n’existe pas : il faut la provoquer. Quand on est au pied du mur, on se bouge. Alors, on grandit ».

« Un bon coup de pied au c… »

Sur les chantiers, Diego Bastin, 20 ans, épaule Guillaume Vandeberg. « J’ai décroché après la 3e secondaire, confie l’apprenti. J’avais beaucoup de mal à me faire des amis ; j’ai fait confiance à des gens avec qui je me suis mis à fumer de la marijuana et à faire des bêtises. Ça aurait peut-être été différent avec des profs plus stricts. J’avais besoin qu’ils soient, plus intéressés par leur matière ; je n’ai pas souvent senti qu’ils avaient réellement envie d’enseigner. J’avais conscience que je ne pouvais pas rester à ne rien faire. Je voulais bouger. Je savais juste qu’étudier, ce n’était pas pour moi… »

Diego a fini par s’inscrire en maçonnerie à l’Ifapme. « J’ai arrêté en 2e et je n’ai plus rien fait. Maintenant, j’ai repris. À fond ». Et d’insister sur le rôle de son patron. « Il a vécu la même chose que moi. Il m’aide à m’accrocher, s’intéresse à ce que je fais à l’école. Que les profs soient ouverts, m’écoutent, c’est bien mais j’ai besoin d’un coup de pied au c… ».

« Quand quelqu’un vous fait confiance, vous donne une 2e chance, il ne faut pas la rater, ajoute M. Vandeberg. J’essaie de faire avec mon apprenti ce que mon prof de maçonnerie a fait avec moi. Je me suis battu pour qu’il retourne à l’école. J’essaie de lui parler, de l’encourager mais sans le prendre par la main ».

 

 

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