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Magazine PROF n°36

 


Dossier Quand le théâtre entre en classe

Quand le théâtre entre en classe

Article publié le 11 / 12 / 2017.

Le théâtre en classe est une rencontre pleine de vie entre des artistes, des enseignants et des élèves. Elle peut se concrétiser sous diverses formes. Source de démocratisation culturelle, elle permet aux participants de jouer, d’apprendre en jouant et de devenir des spectateurs plus actifs et plus critiques.

Fais-moi une scène ! : c’est le thème des Classes résidentielles d’immersion artistique (CRIA) organisées par ékla (l’ancien Centre dramatique de Wallonie pour l’Enfance et la Jeunesse), en partenariat, notamment, avec la cellule Culture-Enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Du 16 au 20 janvier, cent-vingt-six élèves de 4e, 5e ou 6e primaire, venus de cinq écoles, découvriront des artistes, les coulisses d’un spectacle, les étapes de sa création et participeront à des ateliers créatifs.

© Christian-Michel Joiris

Ces CRIA sont l’un des multiples dispositifs proposés aux enseignants. Et de nombreux projets voient le jour, grâce à plusieurs éléments. Ils sont subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles via le décret Culture/École, ou à Bruxelles par la Commission communautaire française (Cocof) via le programme La culture a de la classe (1). Ou ils répondent au décret-cadre des Arts de la scène, modifié le 13 octobre 2016 : pour obtenir une subvention, les compagnies doivent dorénavant préciser les stratégies et actions en termes d'accompagnement et de soutien des artistes, de médiation culturelle, de liens culture-école...(2)

À l’assaut de la pensée unique

Faut-il ouvrir la porte de l’école au théâtre ? De façon plus large, les acteurs du Pacte pour un Enseignement d’excellence veulent y donner une plus grande place à la culture, pour donner plus de recul et de sens critique aux élèves. Plus concrètement, tous les élèves, de la 1re maternelle à la fin du secondaire, suivraient un parcours d’éducation culturelle et artistique (PÉCA) à trois composantes : des connaissances, des pratiques artistiques, des rencontres avec des artistes et des œuvres (3).

Voilà qui ne déplaira pas aux amateurs de théâtre et aux professionnels du secteur, comme Roger Deldime, fondateur du théâtre bruxellois La montagne magique. Dans un Manifeste, paru en 2004, il invitait à « proposer les multiples versions du théâtre pour offrir aux spectateurs des regards singuliers et décalés sur le monde et sur eux-mêmes » (4).

Ce dossier est consacré à l’apprentissage du théâtre en classe. Nous ne sommes pas allés vers les ateliers-théâtre animés par les passionnés en-dehors des cours. Ni vers l’activité vers l’option de base éducation artistique-arts d’expression dans le secondaire de transition. Ni vers les techniques d’expression corporelle et/ou orale dans le qualifiant ou vers les humanités artistiques option théâtre (évoquées notamment dans notre numéro de décembre 2009 (http://bit.ly/2jfSGA9).

Ce dossier évoquera d’abord la place du théâtre dans les référentiels, puis dans les formations initiale et continuée des enseignants (lire en pages 21 et 22). Ensuite, il montrera que le théâtre peut servir de support à l’apprentissage de savoirs, savoir-faire ou savoir-être dans plusieurs disciplines et à tous les niveaux : secondaire, primaire et maternel (lire en pages 23 à 27).

Ce dossier tentera donc de dire en quoi le théâtre aide les enseignants à développer les compétences des élèves. Vaste question qui renvoie vite à une autre. Comment aborder au mieux en classe cette pratique qui touche à différents champs de l’enseignement comme la langue, la lecture, le rapport aux œuvres, la place du corps dans l’apprentissage, la socialisation…? Difficile d’établir une hiérarchie entre le lire, le voir, l’écrire, le jouer, l’interpréter. « Pourquoi pas alors une approche globale menée par un enseignant et un artiste ? », propose Sarah Colasse, directrice d’ékla (lire son interview en page 18).

Des bénéfices

Et quel sera le bénéfice pour les élèves ? D’abord, évidemment, apprendre le théâtre en classe permet d’acquérir des savoirs culturels, littéraires par la lecture de textes, mais aussi aux codes liés aux pratiques du théâtre. Ensuite, il développe le savoir-faire surtout au niveau de la perception par nos divers sens et de la maitrise de l’expression verbale, écrite, corporelle…

Mais le théâtre a également un impact sur le savoir-être : « Le théâtre étudié et pratiqué dans l’espace scolaire – à condition qu’il soit le résultat d’une pédagogie construite et structurée – peut proposer aux jeunes une expérience groupale et artistique vivante qui donne à penser, explique le Pr Michel Desmarets, qui enseigne la didactique des arts du spectacle à l’UCL. Soudain le jeune se réconcilie avec des textes, des recherches et du travail à accomplir parce qu’il se sent concerné, engagé et vivant dans cette aventure » (5). En d’autres termes, le jeu collectif favorise des compétences transversales de socialisation au sein d’un projet concret qui a du sens, qui donne du plaisir, favorise la confiance en soi, le mieux-être. Sarah Colasse y voit aussi un facteur d’accès à la culture pour tous.

Cela met en évidence le rôle essentiel de l’enseignant « accompagnateur ». À lui d’éveiller le désir, de choisir la bonne approche, le bon moment. En effet, « un jeu obligatoire n’est plus un jeu mais un exercice », explique Christiane Page, spécialiste française du théâtre (6). « Ce qui blesse ou tue dans le théâtre, ajoute M. Desmarets, ce n’est pas l’ado qui fait le con dans la salle ou qui lit en diagonale la pièce à lire la veille d’une interro vérificatrice ; c’est sans doute l’absence de désir, ou de plaisir, d’assister, de lire, de jouer, de réfléchir ensemble » (7).

Une pratique évolutive

Un écueil : les textes théâtraux sont souvent écrits par des adultes… pour d’autres adultes. Les faire jouer par des enfants, ou des adolescents n’est pas toujours la bonne solution.

Et puis, selon quelle temporalité toucher au théâtre en classe ? Pour Mme Page, « le texte est souvent donné trop tôt dans la vie des joueurs. Il ne peut être interprété par des enfants ou des jeunes n’ayant pas encore appris à s’exprimer, ou ne ressentant pas comme vital le besoin d’exprimer ce que renferme le texte » (8). Avant, il est important de s’initier à la pratique, au jeu dramatique.

Selon elle, l’enfant entre dans la dimension collective vers 8-10 ans. En crèche, on travaille plus le corps et les mouvements, mais les enfants de 3e maternelle sont déjà capables d’écrire au sens large. D’autres pratiques théâtrales fonctionnent, à l’usage des très jeunes. Un exemple : « La marionnette donne à l’enfant la possibilité de voir représentés une multitude de signes en dehors de la personne qu’il connait, de l’adulte de référence, explique Françoise Flabat, directrice du Centre de la Marionnette de la Fédération Wallonie-Bruxelles… Elle permet de faire passer des choses plus délicates, des questions parfois difficiles à aborder avec des enfants » (9).

Bref, on peut lire, faire et voir du théâtre à tout âge, de la maternelle à la haute école. D’autant plus que, comme l’affirme le dramaturge Jean-Louis Besson, « le théâtre pour exister n’a besoin ni de décors, ni de projecteurs, ni de bandes-son, ni d’effets spéciaux, ni de nouvelles technologies, ni de salles équipées, mais simplement d’êtres humains qui évoluent dans un espace devant un public » (10).

« Une pédagogie pour le théâtre, c’est impliquer les jeunes spectateurs dans la totalité de l’acte théâtral afin de les rendre complices du mystère de la création, a écrit M. Deldime. L’objectif est… de mettre les jeunes en appétit, d’aiguiser leur regard, de leur faire découvrir et apprécier la complexité des mécanismes mis en œuvre dans les spectacles ». Et d’insister sur une autre dimension : « Un point de contradiction entre école et théâtre s’appuie sur la place accordée au corps dans l’apprentissage. Une pédagogie dramatique peut proposer un mariage souvent réussi entre le cognitif, l’affectif et le corporel »  (11).

(1) http://www.gallilex.cfwb.be/document/pdf/30655_003.pdf et http://www.spfb.brussels/espace-pro/culture-a-classe
(2) http://www.gallilex.cfwb.be/document/pdf/43045_001.pdf
(3) http://www.pactedexcellence.be › Le Pacte › Documents officiels › Avis n° 3 du Groupe central, p.49.
(4) DELDIME R., Manifeste pPour une éducation au théâtre, Lansman, La montagne magique, Promotion théâtre, 2004, p.7.
(5) GITS J., LALLIAS J.-Cl., LAMBERT J., DESMARETS M., « Les formateurs de formateurs et l’initiation théâtrale des jeunes », dans Questions de théâtre, Théâtre La montagne magique, n° 14, mai 2008, p. 34.
(6) PAGE C., Éduquer par le jeu dramatique, ESF éditeur, 1997, p.19.
(7) Théâtre (et) jeune public en Belgique francophone. Mémoire, analyse, enjeux. UCL, Centre d’études théâtrales, Etudes théâtrales n°63 (2015) et 64 (2016). Ouvrage collectif, p130.
(8) PAGE C., op.cit.
(9) Théâtre (et) jeune public en Belgique francophone, op. cit, p.190.
(10) BESSON J.-L. (Textes réunis par), Apprendre (par) le théâtre, dans Études théâtrales, n° 34, 2005, p.21.
(11) DELDIME R. Op.cit., p.13.