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Magazine PROF n°25

 


Dossier Neurosciences et éducation :
un dialogue en construction

Il n’y pas de cognition sans émotion

Article publié le 01 / 04 / 2015.

Le fonctionnement cognitif n’est pas indépendant du fonctionnement émotionnel. Et la motivation n’est pas qu’une affaire de raison…

Daniel Favre, docteur en neurosciences et professeur en sciences de l’éducation à Montpellier, est très clair : « L’état émotionnel du sujet interfère en permanence dans le traitement des informations. Il n’y a donc pas de fonctionnement cognitif indépendant d’un fonctionnement émotionnel et la formation des enseignants devrait prendre en compte cette réalité ».(1)

© Fotolia/Contrastwerkstatt

Daniel Favre n’est pas seul à l’affirmer. Depuis 1999, l’OCDÉ mène un projet d’envergure internationale baptisé « Science de l’apprentissage et recherche sur le cerveau » (http://www.oecd.org/fr/sites/educeri/ceri-cerveauetapprentissage.htm).

En 2002, une première synthèse des récentes découvertes soulignait les liens entre émotions et cognition : « Dans le cerveau humain, il existe un ensemble connu sous le nom de système limbique, dont les principales structures sont l’amygdale et l’hippocampe. Cette région du cerveau, que l’on a pu baptiser cerveau émotionnel, a des connexions avec le cortex frontal. Lorsque ces connexions sont dégradées, suite au stress ou à la peur, le jugement social en souffre, ainsi que la performance cognitive, car les aspects émotionnels de l’apprentissage, parmi lesquels figurent les réactions au risque et à la récompense, se trouvent compromis » (2).

Trois systèmes de motivation

C’est en s’appuyant sur les découvertes des neurosciences que Daniel Favre a conçu une théorie de la motivation qui dépasse le clivage traditionnel entre motivations intrinsèque et extrinsèque. On sait depuis les années ’50 que des circuits neuronaux permettent de renforcer (ou d’inhiber) certains comportements.

« Ainsi, l’évolution biologique nous a pourvu de structures nerveuses qui procurent du plaisir et entrainent la répétition, et d’autres qui produisent un sentiment d’anxiété et permettent le changement de comportement ».

Partant de là, Daniel Favre décrit trois systèmes de motivation chez l’être humain, axés l’un sur la sécurisation, le deuxième sur l’innovation, le troisième sur la sécurisation « d’addiction ».

Dans le premier système, le sentiment de bien-être « est associé à la satisfaction de besoins biologiques et psychologiques essentiels, dans une relation de dépendance à autrui ». Dans le deuxième, il a pour origine « les conduites pour lesquelles un être humain gagne de l’autonomie […], surmonte des difficultés, résout des problèmes ».

Au cours du développement psychologique, le second système remplace progressivement le premier. Il arrive cependant que « le troisième système s’impose et rende ce relai difficile au point de faire parfois avorter les phases de développement comme l’adolescence. Dans ce cas se substituent à la maturation psychologique normale des comportements addictifs, forme de toxicomanie sans drogue, dont la violence serait la plus dangereuse, individuellement et collectivement ».

Quand le plaisir devient inaccessible…

« Ce modèle permet de prévoir qu’un sujet humain dispose de trois modalités pour se procurer des satisfactions, ajoute Daniel Favre. Après douze ans de travaux sur les liens entre échec et violence scolaire, il considère que « la motivation pour les comportements violents relève d’une motivation par défaut, faute de mieux. Lorsque le plaisir de réussir aux apprentissages (motivation d’innovation) et celui d’être reconnus socialement comme élèves compétents (motivation de sécurisation) deviennent inaccessibles, ce qui se produit en cas d’échec scolaire, alors il reste la possibilité pour ces élèves de devenir une source d’inquiétude, de faire peur, de se sentir forts en affaiblissant les autres. Par la suite, ils ne peuvent plus s’en passer (motivation d’addiction), comme ils nous l’ont confié lors des interviews » (3).

Comment en sortir ? En créant « des dispositifs pédagogiques qui permettent, si le sujet-élève l’accepte, de changer de système de motivation ».

(1) FAVRE D., « De la perception à l'apprentissage : trois systèmes de motivation en interaction », dans Du percept à la décision, éd. De Boeck Supérieur (coll. Neurosciences & cognition), 2010, p. 234. http://www.cairn.info/du-percept-a-la-decision--9782804137984-page-227.htm
(2) Comprendre le cerveau : vers une nouvelle science de l’apprentissage, OCDE, 2002, p. 66.
(3) « Comment l’élève apprend », conférence de Daniel Favre, lors du séminaire des inspecteurs de l’académie de Versailles, le 18/11/2010. À écouter (ou télécharger) via http://www.eed.ac-versailles.fr/spip.php?article84