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Magazine PROF n°17

 


Dossier T’ar ta gueule à la récré

Pour se mettre la puce à l’oreille

Article publié le 01 / 04 / 2013.

Quels signes peuvent mettre les enseignants sur la piste d’une situation de harcèlement ? Les spécialistes sont unanimes : un changement de comportement de l’enfant ou de l’adolescent, inexpliqué par d’autres facteurs.

Selon la pédopsychiatre Nicole Catheline, chez les jeunes enfants, ce sont souvent les parents qui voient les premiers signes : troubles du sommeil, irritabilité, agressivité vis-à-vis de l’entourage, maux de ventre, refus d’aller à l’école,… Les enseignants peuvent observer une détérioration brusque ou progressive des résultats scolaires chez un bon élève, car l’anxiété diminue les capacités d’attention. Ils peuvent aussi remarquer certains troubles du comportement : agitation, colère, attitude provocante ou, au contraire, isolement, repli sur soi.

© Serdu

Le psychologue norvégien Dan Olweus l’affirme : les jeunes victimes sont souvent seules et exclues du groupe de leurs pairs durant les récréations et le temps de midi, ou choisies en dernier lieu lors des jeux d’équipe. Certaines tentent de rester à proximité de l’adulte au cours des récréations.

Chez l’adolescent, les premiers signes traduisent plutôt des stratégies pour faire cesser le harcèlement. Il faut donc s’inquiéter de tout changement de comportement dans le domaine scolaire : si l’élève arrive systématiquement en retard, s’il déclare régulièrement avoir oublié son matériel scolaire (qui a pu être détérioré par les harceleurs) et surtout, s’il reste isolé et s’absente fréquemment.

Lorsque ces stratégies pour éviter le harcèlement ne fonctionnent pas, la victime tentera souvent, ensuite, de se défendre par des attitudes agressives et désorganisées, car elles comportent déjà un sentiment d’impuissance et de désarroi. « Ces comportements-là font alors dire aux adultes que la victime n’est pas si innocente que cela. Cette position aggrave considérablement le sentiment d’abandon et d’une situation sans espoir d’amélioration », note Mme Catheline.

S’ajoutent, chez les adolescents, des signes de souffrance psychique qui sont identiques à ceux observés chez les enfants : troubles du sommeil, irritabilité, susceptibilité, baisse des résultats scolaires,… Et des absences fréquentes non plus seulement pour éviter des confrontations avec le ou les harceleurs, mais en raison de maux de ventre, de tête, de malaises,…

La pédopsychiatre cite encore un intérêt excessif pour les jeux vidéos, qui peut traduire un besoin de s’isoler, de se changer les idées, de retrouver sa confiance en soi, voire de récupérer un sentiment de puissance. Ces signes doivent être considérés avec prudence, car ils peuvent apparaitre dans bien d’autres cas – des difficultés familiales liées à une séparation, par exemple – et traduire une crise d’adolescence. Et Mme Catheline de suggérer : « Les membres de l’équipe éducative doivent prendre le temps d’échanger leurs impressions sur un élève dont le comportement interpèle, avant de prévenir les parents ».