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Magazine PROF n°6

 


Dossier Remédiation : prévenir ou guérir ?

L’affaire de l’école ?

Article publié le 01 / 06 / 2010.

Écoles des devoirs, tuteurs, professeurs ou coachs particuliers ont le vent en poupe. Au risque de « concurrencer » l’école et d’accentuer la fracture sociale ?

Patricia Schleusner coordonne le programme Tutorat ULB à l’Institut Paul-Henri Spaak, à Bruxelles. « Les heures de rémédiation ne suffisaient plus ; les étudiants-tuteurs de l’Université libre de Bruxelles apportent une bouffée d’oxygène le vendredi après-midi et lors des cours d’été dans l’école ». Grâce à ce tutorat mis en place voici juste vingt ans, quelque 1 900 étudiants de troisième bac (au minimum), rémunérés par des fonds publics (Communauté française, Cocof, communes) et privés, ont épaulé après les heures de cours quelque 20 000 élèves des deuxième et troisième cycles dans vingt-cinq écoles bruxelloises.

Alors qu’on n’a jamais autant entendu parler de remédiation en cl asse, cours particuliers et autres coachings ont le vent en poupe. Un paradoxe ?
Alors qu’on n’a jamais autant entendu parler de remédiation en cl asse, cours particuliers et autres coachings ont le vent en poupe. Un paradoxe ?
© Fotolia/Lorraine Swanson

« Avoir des étudiants qui n’ont pas un profil d’enseignant peut être un atout car il y a parfois, chez le jeune, un conflit avec l’école, explique Marie Kuyl, responsable du projet Tutorat au sein de l’ASBL Schola ULB. Malheureusement, nous ne pouvons satisfaire toutes les demandes. Notamment par manque d’étudiants tuteurs dans certaines branches. Certains répondent à la demande des entreprises privées de soutien scolaire qui offrent une rémunération supérieure et des conditions de travail (à domicile, élèves plus faciles à gérer) jugées meilleures ». Grâce à la Fondation Roi Baudouin, le tutorat s’est élargi à plusieurs hautes écoles et universités, et il pourrait être intégré à l’avenir dans le cursus des futurs enseignants.

Les ateliers Échec à l’échec lancés par les Jeunesses scientifiques constituent un autre très ancien acteur du soutien scolaire. Des enseignants en fonction ou retraités proposent des cours dans des écoles pendant les vacances pascales et le mois d’aout (35 € pour 5 h 15). « La remédiation devrait être assurée à l’école, argumente Patricia Deconinck, coordinatrice en Brabant wallon. Mais ce n’est pas simple quand on travaille avec plus de vingt élèves et que la matière doit avancer. Ici, l’aide est personnalisée et les élèves, poussés par les parents, plus motivés ».

Au grand jour

Depuis peu, de nouveaux acteurs ont vu le jour, grâce notamment aux outils informatiques. Be-students, par exemple, est un forum d’entraide bénévole, animé par des enseignants, des étudiants de l’enseignement supérieur,… (1) À côté de cette initiative basée sur la solidarité, une vingtaine d’entreprises entendent remettre à flots, (re)motiver ou faire turbiner des élèves ou des groupes à un tarif allant de 10 à 50 € l’heure. En proposant bilan pédagogique, test sur les profils d’apprentissage, coaching,… À ceux qui crient à la marchandisation du savoir, elles parlent de réponse à la demande des parents, de création d’emplois, de tarifs très clairs et de sélection drastique des coaches...

Pour le sociologue Dominique Glasman (2), la démocratisation des études a fait monter la compétition scolaire : l’enjeu devient d’accéder aux établissements, aux filières et même aux classes les plus « rentables » en terme de placement scolaire et social. S’ajoute le sentiment, alimenté par le taux de redoublement et par certaines évaluations internationales, que l’école peine à faire réussir tous les enfants. Il observe que le verdict scolaire adressé à l’élève est parfois perçu comme asséné aux parents. Tentés, pour garantir la paix familiale, d’externaliser les tensions nées des difficultés scolaires des enfants.

L’apparition des coaches est-ell e le signe d’un esprit de compétition ?
L’apparition des coaches est-ell e le signe d’un esprit de compétition ?
© Fotolia/Rob Byron

À l’ombre du système éducatif

La Belgique francophone n’a pas le monopole du recours au privé. Ils sont ancrés dans les habitudes dans les sociétés d’Asie de l’Est (Japon, Hong-Kong, Corée) où l’enjeu essentiel en matière scolaire est l’entrée dans une grande université. Et ils se développent sur tous les continents. Ils sont par contre très peu répandus en Finlande, en Norvège et au Danemark, où le système éducatif est moins marqué par la compétitivité et l’orientation précoce.

Mark Bray directeur de l’Institut international de planification de l’éducation (3), le souligne aussi : ces cours particuliers croissent « à l’ombre du système éducatif ». Ils se propagent (de moins en moins) discrètement mais en contre-modèle de l’école, s’inscrivant dans une logique commerciale. Dominique Glasman souligne un paradoxe : ces cours contribuent à renforcer une logique de compétition scolaire. Cependant, en offrant aux élèves une possibilité de combler leurs lacunes et aux familles de souffler, ils entrent dans une logique de réparation des effets de cette compétition. Ils sont aussi une façon pour les parents de jouer leur rôle d’appui à la scolarité.

Reste évidemment qu’ils renforcent la dualisation de l’enseignement et peuvent alimenter méfiance et critiques vis-à-vis de l’école et des enseignants. Et fausser le jeu, comme le démontrent des études menées en Angleterre et aux États-Unis : là où la moitié des élèves bénéficient de cours particuliers, il est devenu difficile d’établir si les bons résultats obtenus et la réputation qui en résulte relèvent du travail de l’école ou du soutien extérieur.

Illusoire, évidemment, de règlementer un secteur majoritairement « souterrain » et de surfer contre l’inquiétude des parents. Mais ce dossier l’esquisse : face à la tâche difficile de soutenir l’élève en difficulté, des projets sont mis en œuvre dans les classes. La plateforme de lutte contre l’échec scolaire le clame d’ailleurs haut et fort : l’école est l’institution mandatée pour assurer aux élèves savoirs et compétences de base. Et les difficultés d’apprentissage doivent être anticipées, décelées et traitées rapidement. Dès la première maternelle si possible.

(1) http://www.be-students.com
(2) GLASMAN D. et BESSON D., Le travail des élèves pour l’école en dehors de l’école, Rapport établi à la demande du Haut conseil de l’évaluation de l’école, décembre 2004, n° 15.http://bit.ly/dktleg
(3) BRAY M., Confronting the shadow education system : what government policies for what private tutoring ?, éd. Institut international de planification de l’éducation et Unesco, 2007.