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Magazine PROF n°18

 


Dossier Cours philosophiques : à la croisée des chemins

Des référentiels pour les religions dans l’officiel

Article publié le 01 / 06 / 2013.

Si la plupart des acteurs du monde éducatif voient l’importance de séquences pédagogiques liées au questionnement philosophique, au dialogue interconvictionnel et à l’éducation à la citoyenneté, une partie préfère qu’elles soient données par des enseignants liés à une communauté convictionnelle.

À l’entame de son mandat, la ministre de l’Enseignement obligatoire a pris connaissance du dossier relatif aux cours philosophiques. Elle a analysé la proposition d’introduction d’un cours de philosophie dans le 3e degré secondaire de l’enseignement officiel, et perçu d’autres enjeux.

Les cours de religion dans l’officiel ont de nouveaux référentiels.
Les cours de religion dans l’officiel ont de nouveaux référentiels.
© PROF/FWB

Quel était le contexte ? Les programmes des cours de religion sont laissés à l’appréciation exclusive des chefs de culte. Certains cultes n’ont pas, pour leurs cours, de programmes clairement établis et validés par leur autorité cultuelle. Par ailleurs, il n’y a pas de cadre décrétal concernant les cours philosophiques au niveau des contenus à enseigner et des compétences à acquérir.

Quant aux inspecteurs des cours de religion, proposés par les chefs de cultes ou organes responsables des cultes, et nommés par le Ministre, ils sont sous une double autorité : celle de l’inspecteur coordonnateur, pour le versant administratif, et celle de l’autorité du culte, pour la pédagogie et le contenu du cours.

La liste des titres requis pour assurer ces cours est très ouverte. Désignés par les chefs de culte, les enseignants n’ont pas toujours la formation pédagogique requise. De plus, s’ils peuvent assister aux formations de leur réseau, ils n’ont pas accès à une formation inter-professionnelle, sauf une exception (lire « Un pôle de recherche interconvictionnel »).

Enfin, si le décret Citoyenneté permet de rassembler les élèves inscrits à des cours philosophiques différents sous la tutelle des enseignants chargés de ces cours travaillant en partenariat, et si certaines initiatives voient le jour (lire « La philo au quotidien »), il n’est pas rare que certaines directions les bloquent.

Pour ouvrir ce chantier, la ministre suit la piste lancée par le Conseil consultatif supérieur des cours philosophiques (CCSCP) dans son Mémorandum. Elle invite les autorités des cultes reconnaitre l’utilité d’une formation à la fois pédagogique et scientifique, et à travailler sur des référentiels spécifiques et un référentiel commun. Elle donne mandat au CCSCP d’élaborer des avis sur l’introduction aux fondements philosophiques et religieux, sur le dialogue interconvictionnel et sur l’éducation à la citoyenneté en lien avec la recherche de sens de l’existence (lire « Les cours philosophiques ont un conseil consultatif »).

La ministre annonce également préparer un décret qui donnerait un cadre à tous les enjeux précités.

Des référentiels spécifiques

En mai 2013, les autorités des cultes, présentent officiellement des référentiels spécifiques et un référentiel commun. Il existait déjà des référentiels pour les religions catholique et protestante. Les responsables des cours de religion souhaitaient pouvoir déposer des référentiels pour toutes les religions, de façon à offrir la garantie à l’autorité publique que les cours de religion ne sont pas des lieux d’endoctrinement et de catéchèse. Selon ces autorités, « les partis du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles n’ont pu se mettre d’accord sur la manière de recevoir ces référentiels de compétences des cours de religion, même si différentes pistes avaient été envisagées, du parcours légal des autres référentiels (1) à la création d’un Comité d’universitaires chargé de juger de la conformité des référentiels de compétences des cours de religion avec des décrets majeurs comme le décret Missions et les décrets Neutralité ».

Par ailleurs, ces responsables « veulent montrer que les cours de religion ont leurs raisons d’exister dans le cadre scolaire : ils collaborent au décret Missions ; ce sont des cours à part entière avec des objectifs définis et un cadre permettant une évaluation et un contrôle ».

Plus largement, cette volonté de légitimité va-t-elle sans doute de pair avec l’inquiétude de la résurgence de la revendication laïque de rendre les cours philosophiques non obligatoires. Le Centre de recherche et d’actions sociales AVEC, d’inspiration chrétienne, y fait allusion : « D’aucuns, dans le monde catholique… lisent les revendications laïques comme des coups de butoir vers une disparition de l’enseignement libre confessionnel. De la disparition de l’horaire scolaire des cours dits philosophiques à la mise en question de la pertinence de maintenir une pluralité de réseaux, il n’y aurait qu’un petit pas » (2).

Un référentiel commun

Les autorités des cultes reconnus ont aussi présenté un référentiel de compétences communes à l’ensemble des cours philosophiques, « vu que sa rédaction n’a pu faire l’objet d’un accord au sein du Gouvernement ». Elles estiment que les activités communes aux cours philosophiques peuvent s’envisager dans celles que prévoit le décret Citoyenneté. Dans l’invitation au Colloque Enjeux communs aux cours de religion (3), ces autorités expliquent que ce référentiel s’articule selon trois axes. À la place d’un cours d’histoire de la philosophie au 3e degré secondaire, les autorités des cultes préfèrent dès le début de l’enseignement obligatoire développer une compétence de questionnement philosophique, contribuant au développement de l’esprit critique. Deuxio : plutôt que d’instaurer un cours d’histoire comparée des religions, il importe selon les autorités des cultes de développer l’aptitude à se laisser questionner par les représentations de l’autre et à les questionner à son tour, dans un processus de rencontre respectueuse, ici compris sous la forme d’expériences vécues. Enfin, il importe sur le plan de l’éducation à la citoyenneté d’aller plus loin qu’une forme d’instruction civique selon le modèle d’un état laïc et, en proposant les sources et fondements d’un engagement tant individuel que collectif, de compléter les enjeux du décret Citoyenneté sans le dédoubler.

Selon ces autorités, « sortir les cours de religion de l’école, c’est confier aux seules communautés religieuses le soin de former les enfants et les jeunes par la catéchèse. C’est les priver de balises éducatives et d’outils critiques indispensables afin de ne pas les laisser démunis face à des influences communautaristes voire intégristes. Par contre, reconnaitre à la Fédération Wallonie-Bruxelles une responsabilité pour une approche critique et ouverte de la tradition des enfants et des adolescents dans le cadre de leur cours de religion, c’est contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouvertes aux autres cultures » (4).

L’importance de la conviction

De plus, ces autorités sont convaincues que la quête de sens ne repose pas uniquement sur une démarche rationnelle en vue d’établir une vérité de type scientifique. André Fossion, jésuite et professeur à Lumen vitae, les rejoint : « La froide objectivité du discours neutre risque bien d'entraver le minimum de liberté nécessaire pour aider à faire comprendre la spécificité d'une conviction quelle qu'elles soit. Ne vaut-il pas mieux, par exemple, qu'un agnostique explique son agnosticisme plutôt de se contenter d'un exposé neutre sur la définition de l'agnosticisme? Cette neutralité, vide de toute adhésion, ne constitue pas, non plus, un atout pour le dialogue : pour dialoguer, il faut avoir de quoi » (5).

Certains programmes (religions catholique et protestante en secondaire) sont déjà finalisés ; les autres suivront (pour le primaire, cela prendra un peu plus de temps). Leur entrée en vigueur relève des autorités des cultes (6). Notons que le référentiel spécifique pour le cours de religion dans l’officiel est aussi la référence pour le cours de religion dans le réseau libre. Les dirigeants de ce dernier souscrivent à tout ce travail.
« L’enseignement catholique et les évêques souhaitent inscrire le cours de religion catholique dans les perspectives pédagogiques actuelles, explique le Centre AVEC, et élaborent à ce titre de nouveaux programmes qui intègrent la pédagogie par compétences, mais aussi une approche purement philosophique, une découverte des autres religions et une éducation à la citoyenneté » (7).

(1) déterminé par le décret Missions : art. 26, 27, 35, 36
(2) CENTRE AVEC, Enjeux d'une réforme des cours dits philosophiques. Documents d'analyse et de réflexion, novembre 2012, p. 6,
http://www.centreavec.be/site/sites/default/files/pdfs/Enjeux-d-une-reforme-des-cours-dits-philosophiques.pdf
(3) « Des cours philosophiques pour l’école et la société d’aujourd’hui », texte signé par les représentants des cultes catholique, islamique, juif, orthodoxe, protestant, joint à l’invitation au Colloque Enjeux communs aux cours de religion du 17 mai.
(4) voir (3)
(5) FOSSION A., « Ne dites plus cours de religion mais cours de sciences religieuses », dans La Libre Belgique, 14 mai 2013, p. 54-55.
(6) Dans son audition au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles du 12 mars 2013, le constitutionaliste Hugues Dumont se base sur le Pacte scolaire, sur un arrêt de la Cour constitutionnelle et sur la Constitution pour expliquer que, malgré les termes généraux du décret Missions censé s'appliquer à l'ensemble de l'enseignement fondamental et secondaire, les cours de religion ne font pas l'objet de socles de compétences ni de compétences terminales. Cette absence de contrôle direct sur le contenu des cours de religion et sur leur qualité dérive de la liberté constitutionnelle des cultes et de l'interdiction d'ingérence qui en résulte. http://www.cjg.be/vers-une-reforme-des-cours-de-religion/
(7) « Enjeux d’une réforme des cours philosophiques », op. cit., p. 4.

Un pôle de recherche interconvictionnel

Créé en 1997 par la Compagnie de Jésus, les collèges et instituts jésuites et l'Université de Namur, le Centre Interfaces a pour but de mettre en face à face des acteurs multiples issus des milieux de la recherche comme de divers secteurs sociaux (1). Dès 2002, il a initié un pôle interconvictionnel de recherche chargé d’aborder, sous un angle théologique, des questions de société particulièrement actuelles et notamment le vivre ensemble.

En 2007-2008, devant l’inquiétude causée par la montée du créationnisme qui, au nom de croyances « religieuses », rejetait toute approche scientifique, ce pôle mettait sur pied, dans le cadre de l’Institut de formation en cours de carrière (IFC), une formation interconvictionnelle et interréseaux. Sa mise en œuvre impliquait la participation des inspecteurs de religion des cultes reconnus et de morale non confessionnelle du secondaire.

Un premier module, Créationnisme et évolution, fut mis au point, suivi de plusieurs autres : L’éthique à l’épreuve de la diversité : un défi pour le vivre-ensemble ; La spiritualité, une dimension humaine avec ou sans Dieu ; ou encore Savoirs scientifiques et convictions.

Cette année, le pôle a organisé à l’intention de l’enseignement fondamental une formation sur le thème Éduquer au dialogue interculturel. Ces formations ont donné lieu à la construction d’outils pédagogiques sous forme de « Cahiers pédagogiques » ou de DVD.

« Ce travail didactique interconvictionnel est unique, commente Jean-Paul Laurent, promoteur du pôle. Le débat politique actuel sur la réforme des cours philosphiques montre toute l’importance de ces recherches et de ces formations. L’IFC et le pôle interconvictionnel sont prêts à poursuivre leur collaboration ».

(1) https://www.unamur.be/sciences/philosoc/interfaces