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Magazine PROF n°18

 


Dossier Cours philosophiques : à la croisée des chemins

Le système éducatif ne s’est pas fait sans tensions

Article publié le 01 / 06 / 2013.

À travers son histoire, la Belgique a vu laïques et religieux s’intéresser à l’enseignement. Cet intérêt, mû par des idéaux généreux, comme l’instruction du plus grand nombre et notamment des petites gens, se doubla souvent d’une ambition de monopole. Cela eut pour effet nombre de tensions qui se durcirent après la révolution de 1830, pour aboutir au Pacte scolaire signé en 1958.

Depuis Charlemagne, l'école, réservée à une infime partie de la population, est le fait des érudits, hommes d'église et de monastère. Les mieux nantis, eux, bénéficient d'un enseignement privé. Progressivement les cours dans les établissements religieux se généralisent. Peu à peu, avec la montée des langues nationales, de l’esprit de curiosité, de, plongeant de nouveau le peuple dans l’ignorance. l’imprimerie, on constate une mainmise progressive des seigneurs ou des communes sur une partie des écoles. La Renaissance apporta un rapide développement de l’instruction. Mais la Réforme, avec son lot de luttes et de guerre, eut un impact déplorable.

Le Concile de Trente (1563) entérine la rupture entre protestants et catholiques, renforce l'autorité du pape, qui surveille davantage le clergé. Parallèlement se déclenche un essor de l’enseignement secondaire catholique qui façonnera nombre de consciences via notamment les collèges jésuites, un monopole que viendra remettre en question la Révolution française.

Au XVIe siècle, les enfants du peuple sont repris en considération. Mais, malgré son souci d'instruire le petit peuple, le clergé est peu intéressé à lever les clivages sociaux tandis que l’élite détient le privilège de recevoir un enseignement de qualité dispensé par des maitres prestigieux.

La laïcisation

Chez nous, les prémisses de la laïcisation de l'enseignement apparaissent sous la domination autrichienne au XVIIIe siècle, comme la mise en place de collèges d’État, après la dissolution de la Congrégation de Jésus (1773). Mais les tentatives de l’empereur Joseph II de développer l’instruction et de contrôler la formation du clergé n’ont guère de succès. Le changement s’opère davantage sous le Régime français : sécularisation et démocratisation ouvrent la voie à l'instruction publique.

Pour Nicolas de Condorcet, mathématicien, philosophe, encyclopédiste et homme politique français, (1743-1794), seul l'exercice de la raison peut délivrer l'homme de ses chaines, de l'ignorance qui l'a réduit pendant si longtemps à un statut comparable à celui de l'esclave. Une instruction publique, gage de progrès de l'humanité, n'est possible que dégagée de tout pouvoir religieux. Si, en France, laïcisation de l'enseignement et de l'État vont de pair, dans nos provinces, la tentative de laïcisation par les autorités françaises (création d’écoles municipales) est un échec.

Avec le Régime hollandais, un projet pédagogique voit le jour : sous Guillaume 1er, officiellement, il n'y a plus de place pour la religion dans aucune forme d'études. Atteinte est portée, selon les catholiques, à la liberté du culte, inscrite dans la loi Fondamentale de 1815 et concomitante de la liberté d'enseignement. Les clivages idéologiques se creusent. L'opposition entre une gauche laïque et une droite catholique, antérieure à l'Indépendance, est à l'origine de la bipolarisation de la société belge. L'idéologie sépare la gauche et la droite, mais l'oppression les rapproche. Les deux n'ont plus qu'un but et un espoir communs : la liberté.

L’unionisme gomme les rivalités

En 1830, les Belges, unis, se révoltent et prennent leur indépendance. La Constitution de 1831 consacre la liberté d’enseignement :
« L’enseignement est libre. Toute mesure préventive est interdite. La répression des délits n’est réglée que par la loi. L’instruction publique donnée aux frais de l’État est également réglée par la loi ». Pour Caroline Sägesser (1), « si la liberté de conscience et la liberté de la presse sont des conquêtes du libéralisme, la liberté de l’enseignement et de l’exercice public du culte sont des libertés revendiquées – et obtenues – par l’Église ». Celle-ci rassemble encore la quasi-totalité de la population : pour elle, l’instruction fait partie de ses missions naturelles. De leur côté, les libéraux estiment que l’instruction est une mission dévolue à l’État.

En 1842, la loi Nothomb impose à chaque commune d’avoir au moins une école primaire. Elle permet d’adopter une école catholique. Le cours de religion est obligatoire, avec possibilité de dispense individuelle. Quatre ans plus tard, les libéraux revendiquent dans leur programme un enseignement public échappant à l’autorité du clergé : en 1850, un gouvernement libéral crée dix athénées et cinquante écoles moyennes pour garçons. L’opposition des évêques rend difficile l’engagement de professeurs de religion.

L’unionisme des libéraux et catholiques prend fin en 1857 : cela accentuera les allers-retours en matière scolaire. Soutenus par les libres-penseurs, avec notamment la Ligue de l’enseignement créée en 1864, et les loges maçonniques, les gouvernements libéraux développent le réseau des écoles publiques jusque 1870. Les huit années qui suivent voient un gouvernement catholique appuyer le réseau libre catholique.

Première guerre scolaire

De retour aux affaires en 1878, les libéraux créent le premier ministère de l’Instruction publique. En 1879, la « loi de malheur », comme l’ont qualifiée les catholiques, oblige chaque commune à avoir une école neutre laïque (plus d’adoption permise) et un cours de religion cette fois facultatif. La première guerre scolaire éclate. Elle verra même une rupture des relations diplomatiques entre la Belgique et le Saint-Siège. En 1884, un gouvernement catholique rétablit la loi de 1842 et supprime le ministère de l’Instruction publique.

En 1885, avec la naissance du Parti ouvrier belge (POB) apparait un nouvel acteur favorable à l’instruction publique laïque. Dès 1914, les instituteurs seront payés par les pouvoirs publics. Et la loi sur la scolarité obligatoire assure la gratuité et la généralisation de l’enseignement primaire. Après la guerre, l’adoption du suffrage universel masculin pur et simple et la représentation proportionnelle sonnent le glas des gouvernements d’un seul parti et ouvrent la voie aux majorités de coalition. À partir de 1924, le cours de morale non confessionnelle – une revendication du POB – s’introduit dans le secondaire officiel et puis dans les écoles normales.

Deuxième guerre scolaire

Après la seconde guerre mondiale, la loi Buset-de Schryver rend libre le choix entre religion et morale non confessionnelle dans l’officiel (1948).

En 1954, le renvoi d’écoles officielles d’enseignants diplômés du libre, par le gouvernement socialiste-libéral, génère une deuxième guerre scolaire : les catholiques créent un Comité pour la défense des libertés démocratiques. Près de deux cent mille personnes participent à une manifestation contre les projets gouvernementaux.

En 1958, le retour des sociaux-chrétiens au pouvoir voit les différents partis opter pour un compromis. Ils signent le Pacte scolaire : les cours de religion et de morale non confessionnelle sont obligatoirement organisés dans toutes les écoles du réseau officiel, deux heures par semaine. Le père de famille ou l’enfant majeur doit choisir entre l’enseignement d’une des religions reconnues ou celui de la morale non confessionnelle. La valeur de l’école publique est reconnue. Mais les écoles catholiques obtiennent un financement quasi égalitaire.

En 1973, la loi du 11 juillet envisage la création d’écoles pluralistes ; mais aucun établissement de ce type n’a été créé jusqu’à présent. 1974 voit la reconnaissance du culte musulman. Les cultes protestant et israélite avaient été reconnus avant l’indépendance de l’État belge, le culte anglican en 1870. C’est en 1985 que le culte orthodoxe les a rejoints, et en 1993 que la laïcité est également reconnue. La communautarisation de l’enseignement (1988-1989) bétonne les garanties du Pacte scolaire dans la Constitution (article 24, §1), où on ne cite cependant plus le nombre d’heures obligatoires de morale ou religion reconnue.

Depuis le Pacte scolaire, plusieurs propositions de réforme des cours philosophiques ont vu le jour. Jusqu’à présent, aucune n’a véritablement pris corps. Celle, toute récente, de la ministre de l’Enseignement obligatoire aura-t-elle plus de succès ? Les mentalités sont-elles prêtes pour cela ?

(1) SAGESSER C., Les cours de religion et de morale dans l’enseignement obligatoire, 2012, CRISP, p. 8.