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Magazine PROF n°9

 


Dossier L'art à l'école

Un souffle venu de l’extérieur

Article publié le 01 / 03 / 2011.

Confions l’éducation artistique à des artistes : voilà le choix de certaines écoles. Quels bénéfices pour les élèves ? Quelle place pour les artistes et les enseignants ?

La chanteuse haïtienne Marlène Dorcéna est l’hôte de l’École communale d’Hastière-par-Delà (1). « Nous avons vu, dans l’appel à projets lancé par la cellule Culture et Enseignement, l’occasion de prendre au même niveau nos élèves, qui sont de milieux sociaux divers, explique le directeur, Rudi Baurin. Cet atelier hebdomadaire, prévu l’an dernier pour les 1re et 2e maternelles, nous l’avons élargi au cycle 5-8 en misant sur la continuité pédagogique et l’intuition qu’il bénéficierait aux apprentissages de base ».

Marlène Dorcéna alterne les moments d’écoute et de mouvement.
Marlène Dorcéna alterne les moments d’écoute et de mouvement.
© PROF/FWB/ Michel Vanden Eeckhoudt

À l’École communale La Court’Échelle à Namur, les enseignants travaillent depuis trois ans, deux jours par mois, avec des artistes, en collaboration avec le Centre d’expression et de créativité du Centre culturel régional-Théâtre de Namur. « Nous souhaitions qu’au lieu de se limiter aux bricolages du vendredi après-midi, l’éducation artistique soit intégrée aux socles de compétences », explique le directeur, Éric Cheffert.

L’École Saint-Pierre 2, à Anderlecht, mène depuis 12 ans un projet d’initiation artistique (2). Marc Brisson, directeur : « Nos 110 élèves n’ont pas tous la chance d’exprimer leurs compétences ; nous avons voulu croire que la musique, le chant et le conte ouvriraient une première porte à certains ».

Donner sens aux apprentissages

Parmi quantité d’autres, ces trois écoles ont décidé d’inviter des artistes en classe. « Cela permet de donner sens et d’enraciner les apprentissages dans le concret, explique Mélanie Deglim, institutrice de 5 et 6e primaire à la Court’Échelle. Les projets, choisis par les élèves, visent la transformation artistique de l’école : habillage des murs de la cour de récréation sous la houlette d’une metteuse en scène ; création d’un film d’animation contant l’histoire de l’école avec les Classes du Patrimoine ; placement d’installations sonores et visuelles dans l’ascenseur et la cage d’escaliers avec l’aide d’un régisseur lumière et d’une plasticienne,… Autant d’occasions de concrétiser des apprentissages, notamment en mathématiques (calcul de surfaces, de volumes, d’échelles…).

À Hastière, Marlène Dorcéna alterne les moments d’écoute et de mouvement, les rythmes et sonorités d’ici et d’ailleurs. Les élèves improvisent des mouvements, utilisent de petits instruments à percussions, créent et découvrent des langages rythmiques fondés sur le ressenti, l’écoute du corps et celle des autres, chaque moment se vivant comme un rituel. « Une règle absolue : m’adapter, explique l’artiste. Ce qui a accroché les enfants lors de la séance précédente ne fonctionnera peut-être pas aujourd’hui. Je dois sans cesse rebondir, me mettre à l’écoute de leurs besoins, de leurs propositions rythmiques et musicales et de leurs curiosités. En veillant à ce que chacun s’implique dans le processus ».

« Avec Marlène, on ose »

Mme Dorcéna le souligne : lors des ateliers, les enseignants restent les référents des élèves, l’épaulant dans la gestion du groupe et partageant avec leur classe un moment de nature différente. « N’intervenant pas directement dans les apprentissages disciplinaires, elle vient en complément, nous apportant une autre culture et un autre langage », explique Bénédicte Baurin, institutrice maternelle. Véronique Monin, sa collègue en 1re et 2e primaire, confie qu’elle utilise désormais tambourins et claves pour marquer les syllabes dans l’apprentissage de la lecture. Plus largement, les institutrices observent que travailler en groupe renforce les capacités d’écoute et de respect mutuel, et consolide les liens entre les enfants. La rigueur requise par le travail rythmique stimule la capacité de concentration. Mais l’atelier aide aussi à s’exprimer davantage ceux qui en éprouvent des difficultés, à développer leur spontanéité et leur assurance. « Au début de l’année, je demande à l’artiste d’observer et de stimuler particulièrement un enfant plus renfermé ou chez qui je constate des problèmes d’attention, d’écoute ou de coordination spatiale et temporelle, confie Mme Baurin. Les progrès sont souvent spectaculaires : avec Marlène, on ose ! »

Facilitateurs, catalyseurs

Un travail qui, pour viser des changements durables, doit s’inscrire dans le long terme. Pas toujours simple : le projet Envol, à l’École Saint-Pierre, arrive au terme du soutien accordé pendant cinq ans par la Fondation Reine Paola. « Cela a permis de construire avec les artistes un cheminement progressif : d’abord mis en confiance, les enfants se familiarisent avec les comptines, les rythmes, les symboles visuels transformés en sons, et cela aboutit, en fin de primaires, à la création d’un spectacle présenté par tous les élèves », détaille M. Brisson. Pour le directeur, la présence des artistes est un « plus » : ils apportent le souffle extérieur et l’expérience. En donnant aux enseignants l’occasion d’observer d’autres facettes chez certains enfants, ils jouent le rôle de facilitateurs. Ou de catalyseurs : au fil des années, une concertation régulière avec les enseignants a débouché sur le choix de thèmes communs (l’eau, les déchets,…) abordés lors des ateliers et dans plusieurs branches. Et, en écho à l’atelier de la conteuse, une institutrice a retravaillé le texte et l’a illustré avec sa classe avant de le présenter aux classes maternelles. « En outre, nos ateliers s’ouvrent régulièrement aux parents et les classes vont au musée, à l’opéra, poursuit M. Brisson. Les enfants acquièrent ainsi des habitudes culturelles qui peuvent rejaillir sur les familles ».

La transformation artistique de la court’Échelle permet d’enraciner les apprentissages dans le concret.
La transformation artistique de la court’Échelle permet d’enraciner les apprentissages dans le concret.
© PROF/FWB

Garder sa place et sa sensibilité

Facile d’articuler les enjeux pédagogiques et artistiques ? M. Cheffert nuance : enseignants et artistes travaillent avec des finalités et selon des modalités différentes. Les premiers misent sur la capacité de programmer, de répartir, d’organiser pour atteindre un but déterminé, avec des balises. Les seconds tablent sur la créativité pour parvenir à un endroit inconnu par un chemin inconnu. Ce qui peut faire naitre des tensions chez les enseignants : faut-il partir de la matière et identifier les compétences mises en jeu ou partir des compétences à acquérir et considérer le contenu comme une occasion de les acquérir ? Les artistes, eux, oscillent entre le souci de privilégier le produit ou le processus, indépendamment du résultat obtenu. « Nous n’avons pas de projet ficelé, note la plasticienne Catherine Jamotte. Nous proposons, nous rebondissons sur les idées des élèves, nous travaillons dans la lenteur, la surprise permanente ». D’où la nécessité de créer un cadre commun où chacun conserve sa place et sa sensibilité. « Nous travaillons avec les artistes durant des périodes de concertation et nous avons créé une plateforme sur internet pour des échanges de photos, de textes, de préparations », précisent les enseignants. Cela demande de faire confiance et de lâcher prise. Comme à la courte échelle.

(1) Dans le cadre du programme Mus-e qui introduit des activités artistiques dans les écoles (http://www.mus-e.be/fr).
(2) Avec Musique Espérance, qui met la musique à la portée des enfants, notamment dans des écoles à encadrement différencié.