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Magazine PROF n°13

 


Dossier Évaluation de la formation initiale

Jean-Claude Marcourt :
« La réforme ne se fera pas dans la rupture »

Article publié le 01 / 03 / 2012.

Pour le ministre Marcourt, « ce ne sera pas une réforme, mais des réformes », qui devraient constituer un projet de société à inscrire dans le temps, au-delà de cette législature. Mais en 2012, « nous devons montrer qu’un certain nombre d’enseignements de cette évaluation peuvent être rapidement mis en œuvre ».

PROF : Quelle suite allez-vous donner au rapport diffusé fin février ?
Jean-Claude Marcourt :
Avant de répondre à cette question, je voudrais saluer le travail effectué par l’équipe universitaire, mais aussi par les quelque mille personnes qui ont collaboré à cette évaluation. Ce n’est pas un travail en chambre, mais la première fois, je pense, que l’on a véritablement réalisé une évaluation participative, avec tous les acteurs institutionnels mais aussi avec les professeurs et les étudiants qui n’ont d’autres fonctions que d’être professeurs et étudiants.

Pour en venir à la suite, je me suis engagé à communiquer les résultats de cette évaluation à mes collègues du Gouvernement et au Parlement (1), pour partager l’ensemble des éléments. C’est un point fondamental. Et il faut continuer le dialogue.

Le rapport suggère de doter le système de formation initiale des enseignants « d’une identité commune et transversale aux institutions concurrentes, avec des interlocuteurs légitimes au regard du public et des pouvoirs publics » (2). Pensez-vous instaurer une structure spécifique pour accompagner la réforme ?
Nous avons, mes collaborateurs et moi, l’intention d’inscrire cette réforme dans le temps. La suggestion d’avoir un groupe d’accompagnement est sûrement une façon d’assurer une meilleure stabilité du processus, au-delà des aléas.

Pour moi, cette réforme doit dépasser la législature qui se termine en 2014. Il s’agit vraiment d’un choix de société.

Comment voyez-vous la réforme, à l’issue de ce processus ?
Ce ne sera pas une réforme, mais des réformes. Certaines à brève échéance et d’autres à échéance plus lointaine. Et j’insiste sur le fait que nous ne devons pas nous dire que nous allons jusqu’en 2014, et puis après on verra… Mais avant toute réforme, nous devons partager le constat et les conclusions de cette évaluation.

Et donc on ne fait rien dans l’immédiat ?
Si. Il y a des choses qui peuvent donner lieu à des mises en œuvre. En 2012, nous devons montrer qu’un certain nombre d’enseignements de cette évaluation peuvent être rapidement mis en œuvre, pour 2013. Trois exemples.

Le premier, c’est le passage du cursus de formation initiale à la formation continuée. Le rapport évoque une question qui fait débat : au sortir de la formation initiale, est-on un enseignant prêt à l’emploi ou un enseignant prêt à se construire ? Je pense qu’on doit être capable d’être professeur, mais que cela suppose un accompagnement à l’entrée dans le métier.

Le deuxième élément sur lequel on peut réfléchir très vite, c’est la grille des cours. Il y a un grand paradoxe : de nombreux acteurs évoquent une surcharge de cette grille, en haute école, mais disent en même temps qu’il y a des choses à ajouter, comme par exemple des éléments sur la dyslexie ou d’autres difficultés des élèves et façons d’y remédier. Là, on est semble-t-il dans un nœud.

Troisième exemple : la formation des formateurs. Le rapport souligne le ressenti d’un décalage entre ce que les formateurs enseignent et la réalité vécue à l’entrée dans le métier.

Mais je le répète : il est important de partager ce document d’une grande qualité et qui montre qu’il n’y a pas de rupture entre les points de vue institutionnels et ce que défendent les acteurs de terrain. Et de le partager au premier chef avec ma collègue Marie-Dominique Simonet, concernée dans ses compétences « Enseignement obligatoire » mais aussi « Promotion sociale ».

A-t-on les moyens d’une réforme ambitieuse ?
Si on prend le problème de façon simpliste, en considérant qu’il faut ajouter une couche et donc une enveloppe budgétaire, alors ce sera délicat. D’ici 2015, non seulement le carcan budgétaire sera inchangé, mais il, faudra faire des efforts pour retrouver l’équilibre !

Est-ce que ça ne doit pas nous obliger à nous demander ce que l’on veut tous ensemble ?
Pour moi, il est primordial d’avoir des enseignants qui restent davantage dans l’emploi, et qui sont plus à même de rencontrer les défis d’aujourd’hui, avec pour objectif de réduire l’échec scolaire !

Et si on veut cette réforme, est-ce qu’on ne doit pas à certains moments élargir le débat à l’Enseignement obligatoire, pour retrouver des moyens ?

Quoi qu’il en soit, que ce soit par nécessité budgétaire ou par volonté de faire les choses de façon progressive, il faut inscrire cette réforme dans la durée. Avec comme priorité des priorités que les enseignants se sentent mieux dans leur métier. Mais c’est évident que j’aurais préféré venir avec cette réforme dans un contexte d’aisance budgétaire…

Vous évoquiez l’accompagnement à l’entrée dans le métier. Mais le décret de 2000 sur la formation des instituteurs et régents le prévoyait pour 2004, et rien n’est venu…
De nombreux textes mériteraient d’être entièrement appliqués… Mais c’est inutile de se dire qu’on aurait pu le faire avant. Ce qui importe ici, c’est qu’on ne prend pas la question de la formation par un petit bout de la lorgnette mais dans sa globalité. C’est d’un projet de société qu’il s’agit !

Parmi les questions figure celle de l’allongement. Votre position ?
Je n’ai pas de position tranchée sur la durée de l’allongement. Il y a deux manières d’allonger. Soit en faisant passer le cursus initial tel que conçu actuellement, à 4-5 ans. Soit en considérant qu’au moment où le jeune quitte l’école pour le métier, il peut encore prolonger sa formation. D’autant qu’il y a plusieurs entrées au système de formation.

Aujourd’hui, il faut se confronter de manière concrète à la réalité de ces parcours de formation. Par ailleurs, on s’interroge sur l’origine des étudiants. Certains disent qu’en allongeant, vous allez décourager certains jeunes. D’autres que vous allez attirer d’autres profils. Moi, j’ai toujours été préoccupé par la démocratisation des études. Mais je le suis aussi, et au premier chef, des élèves à qui on prodigue l’enseignement. Là aussi, il faut avoir une vision globale des choses.

Faut-il filtrer les étudiants à l’entrée ?
J’ai toujours été très réticent quant aux filtres, parce que des jeunes se révèlent durant leurs études. Je crois davantage à l’accompagnement qu’au filtre. Mais il ne faut pas affadir les études au motif que ceux qui y entrent ne disposent pas des prérequis nécessaires.

Propos recueillis par
Didier CATTEAU

(1) Ce qui fut fait le 1er et le 20 mars.
(2) Évaluation qualitative, participative et prospective de la formation initiale des enseignants en Fédération Wallonie-Bruxelles, p. 84.