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Magazine PROF n°12

 


Dossier Compétition ou coopération ?

Une « école pour tous » qui s’interdirait le redoublement

Article publié le 01 / 12 / 2011.

La Ligue des Droits de l’Enfant et le Délégué général aux Droits de l’Enfant défendent « l’école pour tous ». Où il ne sera pas question de redoublement.

Le défi démographique auquel est confronté Bruxelles a suscité l’émergence de projets d’écoles, parmi lesquels plusieurs se revendiquent de méthodes actives. Celui que portent la Ligue des Droits de l’Enfant et Bernard de Vos, Délégué général aux Droits de l’Enfant, va au-delà. Explications avec Jean-Pierre Coenen, qui préside la Ligue : « On crée une ASBL qui a pour objectif de promouvoir l’école pour tous, au sein de tous les réseaux. Si un réseau veut ouvrir une école de ce type, nous ferons tout ce qu’on peut pour la soutenir, en mettant à sa disposition notre expertise, le comité d’acompanement… Notre objectif est de montrer que ça marche et d’essaimer ».

© Fotolia/JL

Après une phase de réflexion sur le projet pédagogique, les porteurs du projet ont tenté de s’intégrer à un appel à projets de la Région bruxelloise, visant à la création d’écoles logées dans des préfabriqués. Faute de temps, cette démarche n’a pas abouti. Explications : « Il fallait le terrain mais aussi les plans et le montage financier. Impossible à finaliser entre juin et octobre 2011, malgré toutes les énergies et les soutiens dont nous bénéficions. L’hypothèse de travail qui prévaut aujourd’hui est de répondre à un nouvel appel à projets de ce type et de viser l’ouverture d’écoles en septembre 2015. Nous sommes actuellement à la recherche de financements ».

Ces contraintes financières ont déjà fait voler en éclat l’idée d’une petite école... « On sait qu’une école primaire n’a pas la capacité financière de rembourser un emprunt. Il faut une école secondaire qui y soit collée. Et une école secondaire c’est minimum 450 élèves ! Mais cela ne signifie pas l’abandon d’une école où les enfants se sentent bien ».

En janvier, le groupe se focalisera à nouveau sur des questions pédagogiques : « Comment assurer une vraie mixité sociale, comment expliquer le projet aux habitants du quartier où il s’implantera, combien d’enfants en intégration… »

Dès qu’on évoque l’école de la réussite se pose la question des moyens : où trouver la marge de manœuvre permettant la remédiation immédiate, par exemple ? « Nous allons mettre en place un plan de formation des enseignants avec une école normale, avec les universités partenaires. Avec des formations différentes, pour que chacun ait sa spécialité. L’idée est de construire l’école sur le schéma d’un hôpital : tous les médecins ont une formation de base, généraliste, et après se spécialisent dans un domaine. Dans un hôpital, on peut trouver toutes les spécialisations nécessaires pour soigner un malade. Nous projetons de former les enseignants dans divers domaines de spécialisation : les problèmes de dyspraxie, de dyslexie, mais aussi les problèmes sociaux. L’objectif est d’avoir ce panel de spécialistes ».

« Réussir, ce n’est pas avoir des points »

Quant à la question du niveau, derrière lequel pointe le reproche de nivellement par le bas, elle fait bondir M. Coenen : « Le nivellement par le bas, c’est quoi ? Si on permet à chacun non pas de maitriser des savoirs et compétences, mais d’avoir des points, c’est sûr que c’est du nivellement par le bas… Mais c’est quoi, la réussite ? C’est bien d’amener tous les élèves à maitriser les savoirs et les compétences. Actuellement, l’école chez nous est un exemple parfait de nivellement par le bas : elle élimine 65 à 70% des élèves. Moins de 30% des élèves arrivent à sortir de rhéto sans avoir connu l’échec ou sans avoir connu un redoublement, une orientation par défaut, un abandon ou une exclusion ».

« Le nivellement par le bas, on le vit chaque jour dans les écoles et certainement plus dans les écoles élitistes que dans les écoles qui récupèrent tous ces enfants cassés… Je crois que le nivellement par le haut, c’est justement permettre à tous les enfants de réussir. D’ailleurs, si tous les enfants arrivaient aux compétences terminales, nous aurions des gens brillants ! Mais c’est sur le terme réussir qu’on ne se comprend pas. Réussir, ce n’est pas avoir des points. Réussir c’est acquérir ces savoirs et savoir-faire qui justement permettront de maitriser les compétences. Ça, c’est notre objectif. Et les enfants de notre école auront toujours tous les deux ans les évaluations externes, qui permettront de situer le niveau de l’école ».

Pas de redoublement

« Il y a un projet politique mis en place, qui est la réussite pour tous et donc on interdit le redoublement. La question qui se pose est alors de voir ce qu’on met en place pour y arriver. On ne réinvente pas la roue. L’idée est de travailler une pédagogie axée sur la coopération, et on vise l’hétérogénéité dans les classes. On utilisera la remédiation immédiate, le tutorat constant, notamment par les pairs. Il faut que les enfants travaillent ensemble : on n’apprend pas seul, on apprend avec les autres. C’est un pari qu’on fait, et qui réussit : on n’est pas les premiers à le faire… »

Le projet prévoit un tronc commun jusqu’à 16 ans, qui sera « un tronc commun polytechnique, un tronc commun de technique de transition. Les enfants n’auront pas que des cours traditionnels : ils auront aussi des cours techniques parce qu’à 16 ans, il faut pouvoir choisir une orientation professionnelle, et pour faire ce choix, il faut avoir expérimenté diverses techniques. Bien sûr il y aura tout ce qui est artistique, sportif, mais on prévoit aussi d’aborder diverses techniques. À plus long terme, pour les deux dernières années, qui sont alors des années d’orientation, nous souhaitons trouver suffisamment d’écoles partenaires pour que ces deux années-là soient encore des années sans échec. Nous, pendant 10 ans, on aura mis en place la remédiation immédiate, les élèves sortiront avec un bagage général de qualité, avec une formation citoyenne de qualité, donc il n’y aura plus énormément à investir pour maintenir ce niveau-là les deux dernières années ».

Et si l’équipe devait constater qu’un enfant ne peut malgré tout pas suivre tel ou tel cours de l’année suivante ? « En théorie ça ne devrait pas arriver. Si dès le plus jeune âge on met en place l’évaluation formative et la remédiation immédiate, il devrait y avoir très peu de différences de niveaux… Mais c’est un pari ».

Un choix

« Un tel projet suppose une équipe pédagogique qui accepte ce défi », concède Jean-Pierre Coenen. Le projet met en avant le travail d’équipe, une présence importante à l’école, sans nécessairement parler d’y être 36 heures/semaine…

« Il est évident qu’on va travailler en équipe pluridisciplinaire, ce qui est déjà très motivant. C’est vrai qu’on va demander d’être davantage présent à l’école parce qu’il faut le temps de la concertation, en plus de l’horaire de cours, mais venir dans un tel projet, c’est un choix, qui implique de rester x heures après les cours. Mais on va donner à l’équipe un autre confort de travail : des bureaux, l’accès à internet… »

La revue Politique repense l’école

Le projet d’École pour tous n’est pas le seul à vouloir changer l’école. Le numéro de novembre-décembre 2011 de la revue Politique propose un passionnant dossier d’une trentaine de pages sur ce qui semble être « un printemps des écoles nouvelles et actives ».

Coordonné par Jacques Liesenborghs, Jos Beni et Noëlle De Smet, il donne la parole aux porteurs de ces projets qui, certes, rencontrent la nécessité d’ouvrir des classes en raison de la pression démographique (surtout à Bruxelles), mais témoignent aussi « de profondes insatisfactions par rapport au fonctionnement du système scolaire. Les uns lui reprochent ses multiples rigidités ; les mêmes et d’autres, son inadaptation aux jeunes issus des milieux populaires ».

« On se réclame de Freinet, de Steiner, de Decroly, des mouvements d’éducation nouvelle, analysent les auteurs. On trouve assez naturellement parmi les porteurs de projet un nombre important de parents qui ont déjà choisi pour leurs enfants des écoles primaires alternatives et souhaitent une poursuite possible dans un enseignement secondaire animé du même esprit ».

« D’autres, surtout à Bruxelles, veulent avant tout tenter de répondre au défi de la dualisation du marché scolaire » et « privilégient la création indispensable et urgente de classes maternelles et primaires dans les quartiers populaires où elles font déjà défaut », animées par des équipes
« spécialement formées à la délicate question des rapports aux savoirs des enfants de milieux populaires. Les uns et les autres parlent de chartes qui engageraient les équipes éducatives dans des pratiques plus collégiales entre eux, plus actives et coopératives avec les élèves, plus ouvertes aux parents et à d’autres partenaires ».

Au-delà des motivations et orientations de ces projets, le dossier « aborde d’autres questions délicates : quelle marge d’expérimentation ? Quelles pédagogies ? Quelles équipes éducatives ? Quelle architecture ? Et pourquoi de fortes résistances ici et là ? »

Ainsi, Bernard Rey, professeur en sciences de l’éducation à l’ULB, insiste-t-il sur les conditions de réussite des méthodes actives et « mises en projet » des élèves. De même, Jacques Liesenborghs souligne que le temps du métier en solitaire est fini. « Finie aussi l’illusion que la formation initiale peut être suffisante pour répondre aux situations de plus en plus complexes dans les classes ». Et conclut par un appel : « Plus que tout autre, c’est la très haute exigence éthique qui sera décisive à l’avenir : le choix de l’éducabilité ».