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Magazine PROF n°13

 


Dossier L'école et les mineurs étrangers non accompagnés

Favoriser l’ancrage scolaire des mineurs étrangers non accompagnés

Article publié le 01 / 03 / 2012.

Une étude récente l’a montré : les enseignants méconnaissent souvent les difficultés des élèves mineurs étrangers non accompagnés (MÉNA) et ne disposent pas d’outils pédagogiques bien adaptés. Quant aux équipes pédagogiques des centres d’accueil et animateurs d’écoles de devoirs, ils manquent de formation pour encadrer leur travail scolaire. Un projet mené en partenariat a débouché sur des pistes concrètes destinées à soutenir la réussite des MÉNA.

© Dieter Telemans/Fedasil/UNHCR

Mineurs étrangers non accompagnés : derrière l’étiquette administrative figurent un adolescent venu chercher un travail qui nourrira ses proches, un enfant venu rejoindre un membre de sa famille, un orphelin en rupture avec sa famille adoptive ou encore une jeune fille fuyant un mariage forcé. Des enfants ou des jeunes qui viennent de pays bouleversés par l’histoire, et qui souvent n’ont pas choisi l’exil.

L’accueil et l’accompagnement de ces mineurs impacte évidemment leur parcours scolaire qu’ils doivent poursuivre ici jusqu’à leurs 18 ans. Dans les centres d’accueil adaptés aux besoins spécifiques des MÉNA, un responsable scolaire, désigné au sein de l’équipe des éducateurs, assure le suivi scolaire, les contacts avec l’école. Ce rôle est parfois tenu par des bénévoles, comme au Petit Château. Au Centre pour MÉNA El Paso, à Gembloux, ce sont des étudiants de masters universitaires qui s’en chargent, payés par le Fonds d’impulsion à la politique des immigrés (FIPI). À Rixensart, le centre d’accueil de l’agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile (Fedasil) a opté pour l’ouverture d’une crèche, afin que les jeunes mères puissent poursuivre leur scolarité.

Cette articulation entre hébergement/accueil et scolarité, toujours délicate, se complique encore quand le jeune se retrouve seul : « Difficile pour un MÉNA hébergé provisoirement dans un hôtel de bénéficier d’un environnement favorable pour étudier et d’assurer des frais tels que les transports ou le matériel scolaires », précise Anne-Françoise Beguin, coordinatrice de la Plateforme Mineurs en exil (1).

L'accompagnement scolaire sous la loupe

Et justement, la professionnalisation de l’accompagnement scolaire des MÉNA a été au centre d’un projet mené de 2009 à 2011 par la Fédération des CPAS de l’Union des Villes et Communes de Wallonie (qui regroupe les 262 CPAS de Wallonie), avec l’aide du Fonds européen pour les réfugiés (2). La première étape a été l’analyse des difficultés rencontrées par les jeunes à l’école et par l’équipe éducative de deux centres d’accueil (Les Hirondelles, à Assesse, et El Paso, à Gembloux) autour de l’aide scolaire. Selon cette analyse, les difficultés scolaires s’expliquent par des facteurs liés aux centres d’accueil, à l’école, et aux jeunes eux-mêmes.

Les MÉNA ont des profils très divers : certains s’adaptent très rapidement ; d’autres peuvent être stressés par un passé chaotique (persécution, guerre, pauvreté, exil subi,…), par l’incertitude liée à la procédure et à sa situation administrative, par les chocs culturels vécus au quotidien à l’école et au centre. « Même s’il affichait une grande motivation à son arrivée au centre, ce jeune, scolarisé jusqu’à 14 ans, puis livré pendant un an aux petits boulots, à la rue, à la violence, n’était pas dans un climat propice aux études, témoigne un éducateur d’Assesse. Inscrit en classe-passerelle, il avait du mal à rester en classe simplement pour apprendre le français, ne comprenant pas qu’on lui demande de rester assis toute la journée. Il avait perdu l’habitude qu’on lui dise ce qu’il devait faire, lui qui s’était débrouillé et avait survécu à tout pendant des mois ».

Pour certains de ces jeunes, les difficultés scolaires sont liées à leur déscolarisation, à l’analphabétisme, à la méconnaissance de la langue ou de bases nécessaires à d’autres disciplines scolaires. Par ailleurs, certains MÉNA, venus ici pour envoyer de l’argent à leur famille restée au pays, vivent l’obligation scolaire comme un obstacle. D’autres, qui ne sont pas demandeurs d’asile, vivent la pression liée à leur réussite scolaire : de bons résultats et la présence régulière à l’école figureant parmi les critères menant à un document de séjour légal chez nous...

Le parcours scolaire des MÉNA est également influencé par des facteurs liés aux centres d’accueil. Comme le manque d’espace pour y étudier. Ou l’important taux de rotation des jeunes dans ces centres. Ou encore une sous-estimation du profil professionnel du personnel. « Les éducateurs font difficilement la différence entre la matière que le jeune doit assimiler et la compétence qu’il doit acquérir », explique Dina Sensi, chercheure au Dispositif de soutien aux Centres régionaux d’intégration (DISCRI), qui a coordonné l’étude.

L’école elle-même est en jeu. L’enquête pointe le manque d’outils pour les enseignants, l’inadaptation des outils de « français langue étrangère », le nombre insuffisant de classes-passerelles. Mais aussi la méconnaissance des conditions de vie très particulières de ces jeunes.

Des pistes à suivre

Ce constat posé, les équipes éducatives des deux centres d’accueil, des écoles où sont scolarisés « leurs » MÉNA, des services d’accrochage scolaire, des écoles de devoirs impliquées,… ont mené un travail en commun. Il a débouché sur la récolte de pratiques et outils pédagogiques utiles à tous les professionnels concernés par l’aide scolaire aux MÉNA, que ce soit pour l’alphabétisation, pour le « français langue étrangère », ou pour les mathématiques.

Enfin, le projet a suscité d’autres initiatives : la création d’une méthode d’alphabétisation en français destinée à des jeunes francophones ou non francophones (lire « De l'humanitaire à domicile ») ; un projet alternatif à l’obligation scolaire pour les MÉNA, via une entreprise de formation par le travail ; une implication dans les travaux de réforme du décret sur les classes-passerelles ; l’organisation de formations en cours de carrière pour les enseignants des classes-passerelles de primaire et de secondaire, mais aussi pour les directeurs et pour les équipes des CPMS.

Les équipes éducatives des deux centres ont également mis au point deux « deux outils qui peuvent être utiles aux éducateurs pour apporter un éclairage supplémentaire lors des contacts avec les enseignants », résume Danièle Crutzen, directrice du centre d’Assesse. Il s’agit d’une grille de pré-diagnostic s’appuyant sur des observations ou des incidents critiques, et proposant des recommandations en termes d’action. Et l’équipe d’Assesse a observé la manière d’apprendre des jeunes MÉNA en s’appuyant sur le « profil apprenant », concept développé par la psychologue Michelle Bourassa.

Autant d’initiatives qui en appellent d’autres, afin de favoriser l’accrochage scolaire et la réussite des élèves mineurs étrangers non accompagnés. « Car l’école, explique Dina Sensi, c’est une traversée de plus sur le chemin de l’exil… »

Catherine MOREAU

(1) http://www.mineursenexil.be
(2) L’aide scolaire des mineurs étrangers non accompagnés. Pistes et outils pédagogiques, est disponible sur clé USB auprès du Centre de formation de la Fédération des CPAS (081 / 24 06 57).

MÉNA

acronyme de « mineurs étrangers non accompagnés », désigne des jeunes de moins de 18 ans, sans documents de séjour en Belgique, sans parents ni représentant légal qui les accompagnent, et qui ne sont pas ressortissants d’un pays de l’Espace économique européen comprenant les vingt-sept états de l’Union européenne ainsi que l’Islande, la Norvège et le Lichtenstein.