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Magazine PROF n°15

 


Dossier Rentrée 2012

Gardez le cap !

Article publié le 01 / 09 / 2012.

Après 46 années passées dans l’enseignement, Josianne Pardonge a cédé le flambeau. En ouverture de notre dossier de rentrée, la rédaction de PROF a provoqué une rencontre avec deux jeunes institutrices. Regards croisés sur une profession qui a évolué.

Josianne Pardonge : « Si c'était à refaire, je signerais de nouveau, sans hésiter »
Josianne Pardonge : « Si c'était à refaire, je signerais de nouveau, sans hésiter »
© PROF/FWB/Jean-Michel Clajot

PROF : Qu’est-ce qui vous a menées vers ce métier ?
Josianne Pardonge : Pour moi, c’était une vocation. Mon diplôme d’institutrice primaire conquis à l’École normale de l’État, à Couvin (école qui n’existe plus), j’ai enseigné pendant deux ans à Saint-Gilles avant de me poser- et pour longtemps – à l’École Claire Joie, ici à Etterbeek. D’abord comme institutrice dans toutes les classes primaires, puis comme professeur de morale, avant de prendre les rênes de l’école pendant quinze ans. En cours de route, j’ai suivi diverses formations en promotion sociale : master en psychopédagogie, formation d’institutrice maternelle, graduat en histoire des religions et de la laïcité comparées,… Pour mieux comprendre et rester dans le bain de l’apprentissage.
Mélanie t’Kint : Je me suis cherchée un peu avant de ressentir l’envie de jouer un rôle dans le parcours scolaire des enfants. Résultat : une formation à la Haute École de Bruxelles, à Uccle, puis, depuis mars 2011, une classe de 2e maternelle.
Nathalie Coddens : Quant à moi, une formation en communication, puis des études d’institutrice primaire à l’École normale catholique du Brabant wallon m’ont donné l’envie de partager des connaissances avec des enfants de manière ludique. Et me voici sur le terrain depuis deux ans, plus concrètement en 3e primaire cette année.

« On se faisait une idée très haute du métier »

Quels étaient vos espoirs, vos appréhensions à l’entrée de votre parcours d’enseignant?
M. t’K. Surtout le souci d’être bien intégrée dans l’équipe pédagogique, la peur d’être jugée par les collègues, par la directrice, par les parents,…
N.C. …Et puis aussi des questions latentes : vais-je réussir à mener mes élèves au bout des apprentissages, à leur faire atteindre les compétences, à réaliser mes objectifs ?
J.P. Pour moi, tout coulait bien davantage de source. Je disposais d’un plan d’étude clair et d’un contenu des matières précis. Et puis, on se faisait une idée très haute du métier et le respect allait de soi. Nous n’avions pas peur du regard posé sur nous ! Nul besoin de nous battre pour être reconnus.

Cela suppose bien d’autres compétences aujourd’hui pour enseigner ?
J. P.
Certainement. D’abord, parce qu’il y a bien davantage de matières à aborder qu’autrefois : informatique, développement durable, code de la route… Et des directives qui changent souvent, obligeant les enseignants à être flexibles, à changer leur fusil d’épaule. Et puis, pour tenir le coup, il faut, infiniment plus qu’avant, communiquer : avec les enfants, avec les parents, avec les autres enseignants. L’enseignant seul en classe, c’est une image dépassée. S’ajoute une multiplication des rôles : l’enseignant doit, à ses heures, se muer en assistant social, en médiateur, en psychologue, en infirmier,…

Ce qui nécessite d’autres qualités, pour remplir tous ces rôles !
J.P.
Je citerais la patience, l’ouverture d’esprit, la tolérance, l’écoute, l’empathie dans des classes de plus en plus pluriculturelles, notamment à Bruxelles. Sans oublier une vive imagination pour capter l’attention et susciter la motivation des enfants qui trouvent, en dehors de l’école, bien d’autres sources de motivation…
N.C. L’enseignement est moins livresque que celui que j’ai connu. Il faut interagir, faire participer les élèves, ce qui réclame beaucoup d’investissement personnel. En sciences, par exemple, nous avons construit un volcan en pâte à sel avant d’y verser des substances pour simuler une éruption. En calcul, une palette avec des jetons aimantés sert d’abaque pour effectuer additions et soustractions…

Votre formation initiale vous a-t-elle préparées à exercer ces compétences et à développer ces qualités ?
N.C. En sortant de l’école normale, je me sentais prête à enseigner les matières et habituée à travailler en équipe. Sur le terrain, c’est autre chose : pas toujours facile de « cohabiter » avec des collègues qui ont des mentalités, des expériences, des âges ou des manières de fonctionner et de communiquer différents. Je n’étais pas prête à gérer des conflits, à rencontrer les parents, à rédiger un bulletin,… Il faudrait davantage de stages au cours de la formation initiale pour vivre des expériences et des situations concrètes sur le terrain.
J.P. La gestion du temps, de la différenciation des apprentissages au sein des classes, de la communication avec les parents, du multiculturalisme,… Voilà des questions que la formation initiale devrait aborder davantage, selon moi. Je regrette aussi que les futurs enseignants n’apprennent pas le néerlandais, ce qui oblige les directions, à Bruxelles, à puiser largement dans le capital-périodes pour engager des régents.

« Je veux dire aux enseignants : n'inversez pas les rôles ; vous êtes les professionnels de l'enseignement ».
« Je veux dire aux enseignants : n'inversez pas les rôles ; vous êtes les professionnels de l'enseignement ».
© PROF/FWB/Jean-Michel Clajot

Mettre les limites

Si on demande à l’école de gérer bien davantage de choses aujourd’hui, où mettre les limites ?
J. P.
C’est important de distinguer ce qui se passe à l’école et ce qui se produit en dehors, et surtout de responsabiliser les parents. Il faut éviter d’entrer dans la vie privée des familles qui, parfois, s’étale au grand jour dans les blogs des élèves, et céder le relai si nécessaire au Centre PMS ou à une autre instance.
Clairement, dans tous les milieux sociaux et culturels, c’est le règne de l’enfant-roi, du zapping, du « tout tout de suite ». J’ai inscrit le respect dans le règlement d’ordre intérieur et le projet d’école. En cas de manquement, je discute avec l’enfant : en quoi son acte contrevient-il au projet d’école ? Comment aurait-il pu résoudre le problème autrement que par la violence ? Quelle punition choisir ?
N. C. et N. t’ K. C’est le même scénario dans les classes. Nous prenons le temps de communiquer, de demander à l’enfant de réfléchir à ses actes et de chercher avec lui une punition porteuse de sens.

« Quand le matin, j’entends rire des enseignants, ma journée est gagnée »

Que retenez-vous du temps passé dans l’enseignement ? Qu’est-ce qui reste – ou est resté – intéressant, riche, épanouissant dans ce métier ?
M. t’K.
L’absence de routine, le fait de côtoyer chaque jour des personnalités différentes en devenir,…
N. C. Et de voir, au terme de l’année, que les enfants ont évolué, grandi. On éprouve satisfaction, fierté; on gagne en confiance en soi.
J. P. Constater que les enfants acquièrent des valeurs, que des primo-arrivants ne parlant pas le français au départ réussissent le CEB en 6e, cela donne une grande fierté. De mon parcours de directrice, en particulier, je garde le plaisir de maintenir au sein d’une équipe la cohésion et le bien-être qui déteint sur les enfants… et les parents. Quand le matin, j’entends rire des enseignants, ma journée est gagnée. Si c’était à refaire, je signerais de nouveau et sans hésiter. Maintenant que ma date de péremption est dépassée depuis six mois, je dois partir. Avec regret, avec tristesse de me sentir obsolète alors que mon expérience de 46 ans pourrait encore être bien utile…

Quel message souhaitez-vous lancer aux enseignants ?
J.P.
Je voudrais les persuader qu’ils font le plus beau métier du monde, leur dire de garder le cap, d’y croire même si ce n’est vraiment pas facile. Et leur rappeler que même s’ils doivent développer bien davantage de compétences et de qualités qu’autrefois, leur mission est avant tout d’enseigner. Pas question d’inverser les rôles, de dispenser les parents de leurs responsabilités. Je veux leur dire : vous êtes et vous restez les professionnels de l’enseignement.

Propos recueillis par
Catherine MOREAU