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Magazine PROF n°5

 

Dossier L'enseignement de promotion sociale

Un enseignement plus facile ? Sus aux clichés !

Article publié le 01 / 03 / 2010.

Face à des adultes, les professeurs s’adaptent, se forment, innovent.

Plus facile d’enseigner à un public muni d’un bagage affectif, intellectuel, d’expériences sur lequel il bâtira de nouveaux acquis ? À des adultes pilotés par la volonté plus ou moins consciente de changer leur identité ?

Aux futures aides-soignantes, l’enseignante–experte app orte son savoir-faire.
Aux futures aides-soignantes, l’enseignante–experte app orte son savoir-faire.
© PROF/FWB

Derrière chaque inscription, le désir d’acquérir de nouvelles compétences ou – un bémol – d’échapper à l’obligation d’être disponibles pour l’emploi. L’enseignant, libéré du souci de faire régner la discipline, peut donc se recentrer sur la matière.

Le meilleur des mondes ? Voire. « Pour ce public exigeant, il faut appliquer une pédagogie du contrat : communiquer, dès le départ, les objectifs, le programme et les critères d’évaluation, note Frédérique Nisol, qui fut enseignante et inspectrice avant de prendre les rênes de l’Institut d’enseignement de promotion sociale de Colfontaine. Voilà qui bouscule l’image de l’enseignant transmetteur de savoirs ! Il doit accepter la critique, la contestation ».

Des savoirs à co-construire

L’un des défis : gérer des groupes riches d’expériences et de demandes diverses. « Dans mon cours de langue se côtoient de vrais et de faux débutants, ces derniers venant réveiller des connaissances acquises dans l’enseignement de plein exercice, confie Josiane Di Bello, à Colfontaine. Je propose donc régulièrement des travaux en groupe, les plus expérimentés épaulant les débutants ». De son côté, Jean Tefnin, professeur de mécanique générale à Saint-Laurent, à Liège, explique : « Pour rendre mes étudiants autonomes, je donne un minimum d’informations, je les laisse travailler seuls ou en sous-groupes et je propose des tests de compétences pour qu’ils évaluent leur niveau. L’an dernier, certains ont apporté leur expérience dans l’utilisation de certains matériaux ferroviaires. Le cours y a gagné en crédibilité ». L’enseignant peut même adapter une partie du programme aux demandes de son public.

Un autre défi, et de taille : une participation à géométrie très variable. Peut-on y remédier ? Philippe Duchêne, qui enseigne à des adultes venus conquérir le CESS de l’enseignement général au Centre Asty-Moulin à Namur, l’assure : « Moraliser, c’est aller droit dans le mur face à un public qui supporte mal le jugement ! » Mme Di Bello cite quelques bouées pour remettre à flots les « irréguliers » : envoi et mise en ligne des exercices, remédiation individuelle... Et regrette : « Certains étudiants s’en vont car ils jugent avoir obtenu ce dont ils avaient besoin, laissant l’enseignant frustré et le groupe orphelin ».

Le meilleur jury : les étudiants

En matière d’enseignement aux adultes, il reste à faire ! L’Université de Liège, par exemple, y consacre un master en Sciences de l’Éducation (voir encadré), mais il n’y a guère de spécialisation dans le cadre de l’agrégation ni en formation continuée.

Une lacune ? « Les compétences s’acquièrent sur le tas. Cela passe ou cela casse et le meilleur jury, ce sont les étudiants », souligne Joseph Léonard. Celui-ci coordonne une équipe de douze inspecteurs dont six s’occupent des cours de base (français, math…). Pour les autres matières, l’on fait appel à la polyvalence des profils des inspecteurs : un ingénieur industriel inspecte des formations en informatique dans l’enseignement supérieur… Précisons que ces inspecteurs évaluent et contrôlent essentiellement le niveau des études même s’ils peuvent conseiller les enseignants. Et que, contrairement au plein exercice, la promotion sociale ne bénéficie pas de conseillers pédagogiques. « Pour des raisons budgétaires et parce qu’il en faudrait énormément pour couvrir l’ensemble des secteurs de formation », précise M. Léonard.

Aux experts – 18% des enseignants –, on ne demande pas de formation pédagogique. La dimension scientifique prime. Mme Nisol précise qu’il faut parfois « rectifier le tir » pour ramener un expert à un niveau de langage et sur un terrain plus adapté aux étudiants.

Pour épauler leurs enseignants, les écoles s’outillent. Certaines créent un poste de coordinateur de section chargé du lien entre étudiants et enseignants mais aussi entre les professeurs qui, horaires variés obligent, se rencontrent peu. L’enseignement de promotion et de formation continuée (EPFC) à Bruxelles, lui, organise des réunions de coordination entre les enseignants qui forment les candidats au certificat de l’enseignement secondaire du deuxième degré (C2D). Quant à la formation en cours de carrière, organisée par chaque réseau, elle n’est pas obligatoire. Elle suppose donc une démarche volontaire de l’enseignant. Ou de l’école.

Catherine MOREAU

Enraciner les savoirs dans les expériences

Deux questions à Daniel Faulx, professeur à l’Unité d’apprentissage et de formation des adultes (UAFA) créée en 2007 au sein de la faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation de l’Université de Liège.

PROF: Quelles sont les pistes à suivre ? Les écueils à éviter ?
Daniel Faulx :
D’abord éviter le présupposé que l’on se trouve devant un groupe homogène. Il y a là des étudiants d’âges, de niveaux différents, parfois des vécus douloureux. Une piste : pratiquer un enseignement différencié. Ou bien, avant d’aborder un sujet, prendre le temps de partir des représentations, des croyances, des valeurs individuelles des étudiants, autrement dit de mobiliser ce qu’ils savent. Cela permettra d’ensuite mieux mettre en relation leur vécu et les connaissances nouvelles et de construire le cours de manière plus éclairée.

Il faut aussi tenir compte de l’intelligence collective du groupe ?
Celui-ci réunit un réservoir d’expériences et de connaissances cumulées. Encourager leur expression, susciter le débat permet d’enraciner les nouveaux savoirs, de leur donner du sens et d’aider les étudiants à les articuler avec leur projet social. Une autre piste : varier les méthodes, car, avec l’âge, on développe des stratégies très différentes. L’apprentissage entre pairs, par exemple, peut offrir un grand intérêt. J’ajoute que l’enseignant, chargé de réguler les apprentissages, reste la pierre angulaire de l’édifice. Pour garantir un cadre stable et sécurisant.

C. M.

Témoignages

Directement utile

« Les fanes de carottes, on les mélange à des pommes de terre », commentent Serife et Naïm, deux Kosovars inscrits au cours de français, assuré par l’Institut libre de formation permanente (ILFOP) au centre d’accueil des demandeurs d’asile à Jodoigne. Régente en français, Colette Hobsig y enracine les apprentissages dans le quotidien des étudiants (alimentation, logement, santé,…). « J’ai abandonné ma charge dans l’enseignement de plein exercice, raconte-t-elle. Je me sens plus directement utile ici malgré des écueils comme le manque de documents adaptables à des adultes et – surtout – un public très hétérogène et très mouvant ».

Mieux évaluer

« Nous avons mis en chantier, avec les enseignants et experts de chaque module une réflexion sur l’évaluation des capacités terminales, explique Jean-Marc Delbovier, coordinateur pédagogique à l’Institut Saint-Laurent, à Liège. Très important quand on sait l’impact de l’échec chez les adultes et la difficulté d’évaluer des compétences résumées parfois en quelques phrases dans les dossiers pédagogiques. Pour chaque module, nous avons construit des grilles d’évaluation avec des indicateurs précis de capacités et de niveaux. Cela permettra aux étudiants de saisir plus clairement les attentes et cela influencera les méthodes d’apprentissage utilisées ».

Un bon équilibre

« Ce qui me motive ? Transmettre des savoirs de travailleuse de terrain ; les élèves sont intéressées dès que je leur parle de ma pratique professionnelle, de mon vécu quotidien », confie Anne-Marie Piens, qui ajoute à un trois-quarts temps d’infirmière en réanimation une dizaine d’heures dans la section aides-soignantes et aides-familiales de l’École d’Anderlecht/Evere. « J’apporte donc une approche moins “scolaire“ de la formation à ces élèves qui peuvent désormais faire un stage en milieu hospitalier. J’y ai gagné sur le plan de l’équilibre entre la pratique de mon métier et le contact avec de futurs professionnels ».