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Magazine PROF n°19

 


Coté psy 

La souffrance, plus forte que la vie

Article publié le 01 / 09 / 2013.

Pourquoi un jeune décide-t-il de mettre fin à ses jours ? Comment détecter des signes, l’aider et réagir face à une classe endeuillée ?

Psychiatre d’ados et psychanalyste, Denis Hirsch évoque les racines du suicide, deuxième cause des décès chez les 15-25 ans, la prévention et l’accompagnement des personnes concernées.

PROF : Comment comprendre ce geste ?
Denis Hirsch :
L’adolescent qui pense à se suicider se sent impuissant, isolé, coupable ou honteux, débordé par ses difficultés, et souhaite que cesse sa souffrance.

Soyons clair : penser à la mort fait partie des pensées normales d’un adolescent qui a besoin de jouer ainsi avec son imaginaire. La puberté, source de bouleversement de son identité, de sa relation à lui-même et à son corps, l’oblige à remanier ses liens avec ses parents et à faire son deuil de l’enfance. Tout adolescent vit donc des moments où il rumine des pensées sombres, puis son entrain revient. Cette déprime est normale : il parvient à mettre en mots, en fantasmes, ces vécus de deuils. Par contre, le jeune dépressif fait tout pour ne pas penser et ressentir ces vécus, il dénie sa détresse en l’exprimant par un symptôme, un acte ou un trouble du comportement.

Denis Hirsch : « Penser à la mort fait partie des pensées normales d’un adolescent qui a besoin de jouer ainsi avec son imaginaire ».
Denis Hirsch : « Penser à la mort fait partie des pensées normales d’un adolescent qui a besoin de jouer ainsi avec son imaginaire ».
© Eric Simard

Mais justement, quels sont les signes inquiétants à repérer ?
La difficulté, c’est qu’ils sont variables et peu spécifiques. On peut s’appuyer sur trois types de signes. Il y a d’abord des messages directs ou indirects (textes, dessins). Ce peut être aussi des manifestations telles que la fatigue, l’anxiété, la tristesse, l’ennui, l’isolement, l’irritabilité, l’agressivité, un sentiment d’échec et d’inutilité,… Ou des signes montrant la vulnérabilité : des décisions impulsives, brutales, incontrôlées, des conduites dangereuses, des fugues, de l’absentéisme, une chute des résultats scolaires, des changements dans l’apparence et les soins personnels,… L’histoire familiale individuelle, des évènements de vie douloureux (déplacement ou placement, perte d’un être cher,…) peuvent évidemment jouer un rôle important. Pris isolément, la plupart de ces signes ne sont ni spécifiques ni exceptionnels chez un ado. Ce qui doit alerter, c’est lorsqu’ils s’accumulent et/ou se précipitent et qu’ils marquent un changement brusque du comportement habituel.

L’école a-t-elle un rôle à jouer ?
Des enquêtes le montrent : lorsqu’un jeune parle de son intention de mettre fin à sa vie, c’est avant tout à un ami. Très secondairement, et de façon moins directe, à des adultes de référence : psychologue du CPMS, médecin, enseignant,… Et rarement à ses parents.

L’ado soumet ses parents à un paradoxe : ils doivent le comprendre et ne pas se mêler de ses secrets, le laisser vivre des expériences nouvelles et, en même temps, le couver et le protéger. Par conséquent, le jeune qui se sent fragile et déprimé ne peut pas toujours en parler à ses parents par crainte de se sentir trop dépendant et attaché à eux. Ce conflit entre dépendance et autonomie peut apparaitre moins intensément avec des adultes à l’école. Un ado peut ainsi dire sa détresse à un enseignant qui le prendra au sérieux sans jugement moral ni curiosité intrusive.

Une position bien délicate pour cet enseignant confident ! Quel cadre doit-il se donner ?
Il doit se fixer des objectifs cohérents et des limites pour éviter de s’engager au-delà de ses possibilités personnelles et de sa fonction de pédagogue.

D‘abord, se dire que l’objectif n’est pas de résoudre à tout prix les problèmes du jeune, mais de lui offrir un temps de répit qui éloigne la menace suicidaire, relance ses capacités de penser, rompe sa solitude et atténue ses sentiments de honte, de culpabilité.

L’étape suivante, c’est, en maintenant un lien de confiance et de confidentialité, de guider, voire d’accompagner cet élève vers des intervenants spécialisés, quand l’adulte sent que c’est urgent et perçoit les limites de ses capacités d’aide. Cet enseignant doit aussi éviter de mettre hors jeu les parents de l’ado souvent enclin à critiquer le milieu familial et à idéaliser son confident. Le plus souvent possible, c’est important d’informer les parents, de les sensibiliser à la souffrance de leur enfant – dont les confidences sont respectées – et de les associer aux démarches de soins.

Sans ces balises, le confident risque de se sentir isolé, coincé dans une relation trop fusionnelle qui peut rapidement devenir angoissante pour lui-même et inopérante pour le jeune. Ou être déconcerté par des variations brutales dans la distance entre lui-même et l’ado. Quand celui-ci demande désespérément à être entendu et compris d’un adulte, il peut craindre d’être trop mis à nu, compromis dans son identité. Il faut respecter ces mouvements, sans perdre de vue que le jeune suicidaire reste en danger et que son refus de dialogue masque un besoin d’aide et une vulnérabilité énormes. Poursuivre le dialogue reste précieux même après l’instauration de soins spécialisés : cela diminue le risque de récidive, respecte l’investissement de l’ado et le rassure sur le bien-fondé de sa démarche.

Mais comment concilier le relai vers d’autres personnes et la confidentialité qu’exige le jeune ?
Très tôt dans le dialogue, l’adulte peut dire qu’il aura peut-être besoin lui-même, à un moment ou à un autre, d’une discussion confidentielle avec un collègue. Et le jeune tolèrera souvent un secret partagé avec d’autres personnes que son confident pour peu qu’il comprenne qu’elles pourront aussi l’aider.

Comment assurer la prévention à l’école ?
Prévenir suppose d’abord que les équipes éducatives reconnaissent la réalité du risque de suicide, et que l’on puisse exprimer et critiquer les idées reçues qui l’entourent – « Ceux qui en parlent ne passent pas à l’acte, ou Le suicide est héréditaire… » Cela suppose aussi qu’elles connaissent les signes pouvant annoncer une crise suicidaire.

Prévenir, c’est aussi discuter la question dans les équipes éducatives, construire une procédure et un dispositif en cas de suicide ou de tentative de suicide et disposer d’une bonne information sur les ressources d’aide pour les jeunes. L’école peut aussi établir des contacts voire un partenariat avec des services de santé compétents.

Proposer des conférences aux élèves dans toutes les classes n’est pas la bonne stratégie. Il vaut mieux, en s’appuyant sur l’aide de professionnels, promouvoir la santé mentale en insistant sur le savoir-être (estime de soi, empathie, capacité de résoudre les problèmes, de résister à l’influence des autres, …), la communication, la participation, la gestion des conflits, la qualité des relations humaines, notamment entre adultes et adolescents.

Comment, aussi, gérer la détresse suscitée par un tel acte chez les élèves et les enseignants ?
Annoncer le décès est important parce qu’il vaut mieux une information claire que des rumeurs. Et pour montrer que les adultes et l’école reconnaissent le fait et se soucient des élèves et de ce qu’ils ressentent. Puis, il faut rapidement aider les élèves et les enseignants à gérer solitude et culpabilité, à comprendre ce qui s’est passé et à entreprendre un travail de deuil. Les élèves peuvent se demander si c’est à cause d’eux que leur copain a disparu, s’ils auraient pu l’aider à temps. Il s’agit de les aider à exprimer des sentiments toujours ambivalents (tristesse, remords, colère).

Propos recueillis par
Catherine MOREAU

Aider à gérer les émotions

Confrontée à une situation liée au suicide, la direction d’un établissement scolaire peut faire appel aux équipes mobiles (1), en complément à l’intervention du CPMS. « Des rencontres, parfois individuelles à plusieurs reprises, avec les enseignants et avec les élèves, permettent d’exprimer pensées et émotions, puis de gérer le contrecoup », témoigne Danièle Debergh, préfète de l’Athénée royal de La Louvière. Les médiateurs scolaires en Région wallonne et bruxelloise agissent davantage de manière préventive face à des élèves « à risque ».

Par ailleurs, la Direction générale de l’Enseignement obligatoire a mis en place un numéro vert Assistance écoles (0800 / 20 410, lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h), qui peut aiguiller vers les services de la Fédération Wallonie-Bruxelles (CPMS, Équipes mobiles, Services de Médiation scolaire,…) et la façon d’y faire appel, mais aussi vers d’autres services pouvant apporter aide ou accompagnement (Centres de santé mentale, Centre de prévention du suicide, services d’écoute téléphonique,…).

(1) http://www.enseignement.be/index.php?page=23747

Pour en savoir plus

• Le Centre de Prévention du Suicide dispose d’un site où l’on trouve une série de ressources, dont des publications, brochures,… http://www.preventionsuicide.be

• La Cellule provinciale de prévention du suicide, à Liège, a édité une brochure, Le risque suicidaire et les adolescents. Quelques repères pour les directeurs et enseignants du secondaire face à une problématique complexe.
http://bit.ly/1bo18V i

• L’ASBL Question Santé propose, dans le magazine Bruxelles Santé (n°29, mars 2003) un dossier intitulé Suicides et tentatives de suicide à l’adolescence Quelle prévention en milieu scolaire.
http://bit.ly/135kchX

• Le Programme de promotion de la santé financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles répertorie des ressources, dont un DVD de prévention pour les ados, Le mal être : des jeunes dans tous leurs états, disponible en prêt.
http://bit.ly/1aGiTwr

• Le Service de santé mentale de l’ULB a réalisé une Recherche-action pour une prévention du suicide en milieu scolaire en région de Bruxelles-Capitale.
http://www.info-suicide.be/wp-content/uploads/2014/05/recherche_Prevention_suicide_en_milieu_scolaire_BXL.pdf

• BANTUELLE M., DEMEULEMEESTER R., Comportements à risque et santé : agir en milieu scolaire, Éd. INPES, coll. Référentiels, 2008.

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