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Magazine PROF n°16

 


Libres propros 

La professionnalisation des métiers de l’éducation face à la rhétorique paradoxale

Article publié le 01 / 12 / 2012.

Notre rubrique Libres propos donne la parole à un spécialiste de l’éducation, en lui demandant de faire part à nos lecteurs d’un message, important selon lui, à leur transmettre aujourd’hui. Monica Gather Thurler nous parle ici de la professionnalisation des métiers de l’éducation et de ses paradoxes.

La plupart des systèmes éducatifs européens semblaient jusqu’il y a peu adhérer à la nécessité de moderniser les pratiques scolaires. Mais ce « consensus » semble se lézarder depuis une dizaine d’années face aux difficultés rencontrées. L’austérité budgétaire, les réformes successives, la fatigue des enseignants, les revendications des syndicats et le conservatisme accru des électeurs ont relégué la professionnalisation au deuxième plan des préoccupations. Car si le discours du politique accorde de l’importance au développement et pouvoir d’action des acteurs du terrain, les changements juridiques, légaux, curriculaires qui devraient traduire, mettre en œuvre cette évolution sont moins nets et commencent à céder le terrain aux injonctions amibigues. Les institutions naviguent ainsi entre appel à la prise de responsabilité, délégation de pouvoirs et crainte de perte du contrôle. Elles appellent aux initiatives, à la collégialité, à la responsabilité des acteurs, d’une main, alors que, de l’autre, elles leur imposent une multiplication des prescriptions et des procédures.

Monica Gather Thurler : « L’obligation d’innover s’est considérablement renforcée à tous les niveaux du système. Dans les établissements scolaires, un projet chasse l’autre, sans réelle mise en œuvre, ni suivi, ni vérification sérieuse des effets ».
Monica Gather Thurler : « L’obligation d’innover s’est considérablement renforcée à tous les niveaux du système. Dans les établissements scolaires, un projet chasse l’autre, sans réelle mise en œuvre, ni suivi, ni vérification sérieuse des effets ».
© Monica Gather Thurler

Les effets ainsi produits peuvent être ravageurs, notamment en ce qui concerne l’identité – individuelle et collective – des professionnels de l’éducation. Car, à l’instar de ceux qui les gouvernent, ils sont tout autant traversés par des ambivalences et réticences, se sentent partagés entre le relatif confort d’une position d’exécutant et du chacun pour soi, entre le désir de voir évoluer leur métier vers plus de responsabilité et la peur d’en devoir assumer les conséquences. C’est vrai des enseignants, mais aussi des autres métiers concernés, inspecteurs, formateurs, chefs d’établissement, conseillers pédagogiques, formateurs. Certes, ils ont appris à vivre avec les ambiguités auxquelles ils se trouvent confrontés au quotidien, que ce soit dans le cadre de leurs rapports avec leur hiérarchie, avec leurs collègues, ou avec d’autres partenaires, etc. Le problème survient lorsque le système commence à adopter une rhétorique paradoxale. Voici quelques exemples pour décrire ce phénomène. Ils ont été choisis dans une longue liste que j’ai eu l’occasion de noter au cours de mes recherches, interventions et échanges avec les gens du terrain.

Faites apprendre les élèves et enseignez comme dans le passé

Une partie des systèmes éducatifs européens ont, suite au « choc PISA », pris la mesure de leur incapacité à faire face aux besoins de générations d’élèves dont l’hétérogénéité des acquis et des besoins augmente sans cesse. Il ne suffit plus d’instruire ; les enseignants doivent désormais développer le potentiel existant chez chaque élève. Si telle avait été la volonté de l’École dans le passé, elle aurait probablement renoncé à diviser la scolarité en classes annuelles, à calculer des moyennes au lieu d’observer la progression des élèves, à contraindre un seul enseignant à faire face à cinquante et plus tard à vingt–cinq élèves. Or, on veut aujourd’hui changer l’enseignement–apprentissage, sans pour autant changer l’organisation du travail scolaire, on plaide pour une école plus sélective avec une notation encore plus stricte, sans se soucier des leviers pédagogiques – pourtant connus – pour faire apprendre, développer le gout de l’effort et de la persévérance.

Soyez responsables et soumettez-vous au jugement de vos supérieurs

La professionnalisation exige que les enseignants assument la responsabilité des actions individuelles et collectives qu’ils mettent en œuvre. En même temps, les théories du nouveau management imposent des méthodes et terminologies qui ont fait leur preuve dans le monde de l’entreprise, mais vont de pair avec des habitudes qui peuvent paraitre dégradantes dans le monde de l’école. Comment en effet entendre et interpréter la manière possessive avec laquelle tel directeur d’établissement évoque « ses collaborateurs » tout en insistant avec emphase sur le fait qu’aucun changement des pratiques ne pourra se réaliser sans le soutien ni l’engagement des enseignants ? Comment argumenter face au constat de tel autre directeur qu’une partie des enseignants maitrisent bien mieux leur discipline que celui qui est censé les évaluer, juger leur compétence et décider de leur avancement ?

Soyez autonomes et rendez compte

Quelle belle époque quand personne ne nous demandait d’être autonomes ! Cette plainte semble gagner du terrain depuis les années 1980, date à laquelle les établissements scolaires ont commencé à être considérés comme lieu privilégié du changement des pratiques. En même temps, les conséquences ne se sont pas fait attendre : afin d’éviter une augmentation de l’inégalité des chances, voire afin que certaines écoles s’engagent dans des projets insensés, les autorités se sont vues obligées à multiplier les contraintes et à renforcer les mesures de contrôle. Avec le résultat que les enseignants et directions investissent aujourd’hui une partie de leur temps de travail dans la rédaction de rapports, dans l’autoévaluation et le rendre compte…, au lieu de centrer leurs effors sur l’amélioration des dispositifs d’enseignement–apprentissage.

Soyez innovateurs et ne prenez pas de risques

L’obligation d’innover s’est considérablement renforcée à tous les niveaux du système. Dans les établissements scolaires, un projet chasse l’autre, sans réelle mise en œuvre, ni suivi, ni vérification sérieuse des effets. En même temps, des termes tels que « assurance–qualité », « veille stratégique » …, tranquilisent autant les dirigeants politiques que les associations dans la mesure où ils ont l’impression qu’ils parviendront à maitriser l’école. La réthorique sur le développement de la qualité, la tendance à insister sur la plus-value, la pensée sécuritaire et la multiplication des prescriptions tranquillisent (à tort) les politiques et épuisent (inutilement) tant les directions que les enseignants.

Bref, apprenez à vivre avec les ambiguités

Les directeurs d’établissements scolaires et les enseignants qui ne savent que faire des injonctions paradoxales feraient probablement mieux de changer de métier. Car les paradoxes, dilemmes et antinomies font partie de la complexité de leur métier. Ils peuvent les combattre, se lamenter, ou simplement les subir. Ils peuvent aussi les prendre comme un objet d’analyse et de défi intellectuel, voire y faire référence pour mieux expliquer la réalité de leur métier, les utiliser comme moyen de pression dans le cadre de renégociations de leur cahier des charges, voire pour obtenir de plus grandes marges de manœuvre.

Le système scolaire peut et doit vivre avec sa complexité et ses paradoxes. En tenir compte pour parvenir à développer de nouvelles solutions coute un certain prix – qui n’est pas énorme si l’on considère que l’alternative consisterait à se contenter de gestions simplistes et linéaires.

Monica GATHER THURLER

En deux mots

De nationalité suisse, la professeure Monica Gather Thurler est psychopédagogue et psychothérapeute de formation. Docteure en Sciences de l’éducation, elle a occupé jusqu’en 2011 le poste de professeure dans le domaine de l’approche psychosociologique des rapports entre professionnalisation et développement des organisations auprès de la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation à l’Université de Genève. De 2008 à 2012, elle a collaboré à la conception et mise en œuvre de la Formation Suisse Romande des Directeurs d’établissements scolaires (1). Parallèlement, elle a coordonné le Collectif d’analyse du travail réel des Directions Romandes d’établissements scolaires et socio-sanitaires (ouvrage en préparation). Elle continue à collaborer à des projets de formation et de développement des pratiques dans les organisations scolaires, en Suisse, en Europe, au Brésil et au Mexique.

Avec Philippe Perrenoud, elle a participé à la création du Laboratoire de recherche Innovation-Formation-Education, coordonné actuellement par Olivier Maulini. L’objectif de ce labo consiste à décrire et expliquer les processus d'innovation en contexte éducatif, dans une perspective systémique et interactionniste, à la fois socioculturelle, historique et comparative. Parmi les réalisations de ce labo, on notera l’organisation, en 2010, du colloque sur le thème Le contrôle du travail des enseignants : contribue-t-il à leur professionnalisation ? (ouvrage en préparation). Un prochain colloque, prévu pour janvier 2013, interroge les ambivalences qui entourent les l’autonomie des écoles (2).

Elle est auteure et co-auteure de nombreuses publications (3), parmi lesquelles, Innover au cœur de l'établissement scolaire (2000), L’École entre Autorité et Zizanie (2003, collectif LIFE), Transformer l’école (2004, avec Jean-Paul Bronckart), L'organisation du travail scolaire. Enjeu caché des réformes? (2007, avec Olivier Maulini).

(1) http://www.fordif.ch
(2) http://www.unige.ch/fapse/life
(3) http://bit.ly/SQWsgf

 

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