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Magazine PROF n°12

 


Libres propros 

Quelle pédagogie pour les élèves en difficulté scolaire ? (1)

Article publié le 01 / 12 / 2011.

Dans cette nouvelle rubrique, nous donnons la parole à un spécialiste de l’éducation, en lui demandant de faire part à nos lecteurs du message qu’il estime être le plus important à leur transmettre aujourd’hui. Et c’est Marcel Crahay qui inaugure ces « libres propos ».

Marcel Crahay :
Marcel Crahay : "le redoublement n’aide pas les élèves en difficulté scolaire à surmonter ce qui handicape leur développement".

Le redoublement est inefficace. Alors que faire ?

Cela fait bientôt 40 ans que la recherche en éducation a établi l’absence d’effet du redoublement sur les résultats des élèves (2). Les études scientifiques démontrent, en règle générale, que les élèves faibles qui redoublent progressent moins que d’autres élèves faibles qui sont promus. Le redoublement constitue donc un moyen contre-productif de faire face aux difficultés d’apprentissage des élèves faibles. Mais s’il ne sert à rien de faire redoubler les élèves, existe-t-il d’autres moyens d’action ? Nous en explorons ici plusieurs.

Classe homogène versus classe hétérogène

Nombreux sont les enseignants qui préfèrent qu’une classe soit composée d’un public homogène au niveau scolaire : le professeur pourrait plus aisément trouver des activités d'apprentissage et un rythme d'apprentissage adéquat qui conviennent à tous. À l’inverse, si la classe est hétérogène, il irait toujours trop vite pour les élèves les plus faibles et trop lentement pour les plus forts. Bref, tout le monde y perdrait.

Que dit la recherche à ce sujet ? Vincent Dupriez et Hughes Draelants (3) concluent que la constitution de classes de niveau a souvent des effets préjudiciables sur l’image de soi des élèves de la classe des « faibles ». Par ailleurs, les enseignants affectés à cette classe ont généralement tendance à adopter une attitude fataliste. Au final, le temps alloué à l'enseignement est inférieur à celui des classes réputées fortes, le contenu enseigné est moindre, les encouragements sont plus rares et moins enthousiastes et les exercices de répétitions plus nombreux.

Faut-il réduire la taille des classes ?

Autre piste alternative au redoublement : la réduction de la taille des classes. Les résultats des nombreuses recherches sur ce thème ont entretenu un débat qui dure encore. Cependant, si l’on se limite aux études expérimentales, celles qui comparent des groupes d’élèves classés aléatoirement dans des classes de petite ou grande taille, les résultats sont en majorité favorables à la réduction de la taille des classes (4).

L’individualisation, inégalitaire ?

Vu le cout de la réduction de la taille des classes, une autre solution pourrait être l’individualisation de l’apprentissage. L’idée est la suivante : plus l'enseignement serait adapté aux caractéristiques de l'élève, plus celui-ci apprendrait.

En classe, l’enseignant ne pouvant se démultiplier, des pédagogues ont conçu des dispositifs d'individualisation composés de fiches, de jeux pédagogiques, de didacticiels, etc., afin que chaque élève progresse à son rythme dans la maitrise du contenu d’enseignement, en sélectionnant lui-même ses tâches d’apprentissage. Dans les faits, cette organisation réduit la facette relationnelle de l'acte pédagogique : confronté au matériel pédagogique, l'élève se trouve placé dans des conditions d'apprentissage en solitaire. Dès 1982, Birzéa dénonçait l’illusion consistant à croire que les dispositifs d'enseignement individualisé contribuaient à réduire les inégalités entre élèves 5. Plus le rythme et les conditions d'apprentissage sont déterminés par les élèves eux-mêmes, plus on prend le risque de voir les plus rapides progresser de plus en plus vite et les plus lents de plus en plus lentement.

L’intérêt des groupes de besoin

Réduire la taille des classes est très couteux, individualiser l’enseignement n’est pas sans risque. Que faire alors ? On peut assouplir le fonctionnement des classes. Aux États-Unis, dans le cadre du plan Joplin, les élèves sont attachés, en fonction de leur âge, à une classe hétérogène. Ils quittent, toutefois, cette classe pour certains apprentissages - lecture ou mathématiques - qui se déroulent en groupes homogènes. Cet assouplissement des classes respecte scrupuleusement les trois règles suivantes :
- le temps passé en groupes homogènes est nettement inférieur au temps passé en classes hétérogènes, ce qui a pour conséquence que le groupe auquel les enfants s'identifient le plus est ce dernier ;
- la constitution des groupes homogènes repose sur l'évaluation d'une compétence spécifique et non plus sur celle d'une aptitude générale ;
- les groupes sont flexibles : en fonction des progrès des élèves, les groupes peuvent être réorganisés.

L’efficacité du plan Joplin a été démontrée, particulièrement pour les élèves faibles : les résultats en lecture des élèves du programme Joplin sont nettement supérieurs à ceux fréquentant des classes traditionnelles. Aucune étude ne conduit à des résultats négatifs.

Et la pédagogie de la maitrise ?

Rappelons que, pour l’essentiel, la pédagogie de la maitrise s’articule autour d’une définition précise des objectifs, d’une segmentation de l'apprentissage en unités ou modules et d’une mise en pratique systématique de l’évaluation formative et de procédures d’aide aux élèves qui interviennent dès que les difficultés apparaissent et qui ciblent le plus spécifiquement possible la difficulté identifiée. Selon les formules, cette pédagogie accorde plus ou moins de place à l’individualisation de l’enseignement. Les études montrent l’avantage de cette pédagogie sur la pédagogie traditionnelle, mais en veillant à l’articulation d’un enseignement collectif et de phases d’individualisation.

Mieux maitriser la remédiation directe

On l’a dit, le redoublement n’aide pas les élèves en difficulté scolaire à surmonter ce qui handicape leur développement. Au contraire, le passage en classe supérieure est généralement préférable à la répétition d’une année.

La recherche dénonce également l’illusion consistant à croire en l’efficacité des classes de niveau. L’effet est au contraire négatif pour les élèves faibles, conséquence visiblement de l’impact sur leur image de soi et de la résignation des enseignants.

La réduction de la taille des classes semble une solution intéressante, mais couteuse. L’individualisation de l'apprentissage, quant à elle doit être maniée avec prudence.

Par contre, le recours aux groupes de besoin contribue à favoriser l’apprentissage des élèves faibles. De même, un diagnostic fin des problèmes que rencontrent ceux qui connaissent de véritables blocages, comme le propose la pédagogie de la maitrise, reste probablement un préalable indispensable à la proposition d’une issue pédagogiquement formative. Il reste toutefois beaucoup à faire en matière de recherches pour déterminer avec rigueur et finesse comment mieux maitriser la remédiation directe, au profit des élèves en difficulté.

Marcel Crahay
Universités de Genève et de Liège

(1) Ce texte reprend les idées développées dans CRAHAY M. (2006), « Quelle pédagogie pour les élèves en difficultés scolaires ? », dans CHAPELLE G. & MEURET D. (Éd.), Améliorer l’école (p. 243-254), Paris, Presses Universitaires de France.
(2) JACKSON, Review of educational research, 1975.
(3) DUPRIEZ V. et DRAELANTS H. (2004), « Classes homogènes versus classes hétérogènes. Les apports de la recherche à l'analyse de la problématique », dans Revue Française de Pédagogie, n° 148, p. 145-165.
(4) À lire aussi sur cette thématique l’excellent article de BRESSOUX P. et LIMA L. (2011), « La place de l’évaluation dans les politiques éducatives : le cas de la taille des classes à l’école primaire en France », dans le dernier numéro de Raisons éducatives (https://www.researchgate.net/publication/267737953_La_place_de_l'evaluation_dans_les_politiques_educatives_le_cas_de_la_taille_des_classes_a_l'ecole_primaire_en_France).
(5) BIREZA C. (1982). La pédagogie du succès. Paris, Presses Universitaires de France.

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