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Magazine PROF n°8

 

L'acteur 

« Ça m’aurait plu d’être leur maman »

Article publié le 01 / 12 / 2010.

Institutrice primaire depuis 27 ans et bien davantage que de 8 à 15h30, Rosalba Bacis peut dire aujourd’hui que « j’ai l’énorme chance d’avoir choisi le bon boulot, et d’avoir encore envie de défis, tous les jours ».

Rien que pour cette soirée surprise de juin 2007, au cours de laquelle tous les parents, tous ses collègues et tous les enfants de sa classe l’ont remerciée, rien que pour les émotions partagées ce soir-là, Rosalba Bacis explique aux jeunes stagiaires que ce métier vaut la peine. Ingrédient majeur : la passion.

PROF: Institutrice, c’était votre rêve ?
Rosalba Bacis :
J’ai toujours su que je serais institutrice. Quand j’étais gosse, j’installais mes poupées sur la table et je jouais à la méchante institutrice qui punit et met des zéros… Pourtant, en 27 ans, je n’ai pas dû écrire plus de trois notes dans un journal de classe !

Et du rêve à la réalité ?
À l’École Normale, du moins quand j’y étais, j’ai l’impression qu’on vous présente le travail dans une classe idéale : vingt élèves, du matériel, des enfants sans soucis… Comme s’il fallait juste se contenter d’être l’enseignante qui transmet. Et on déboule dans les conditions réelles : des classes surpeuplées, où tous les enfants ne parlent pas français, des locaux qui sont ce qu’ils sont, du matériel pour lequel il faut pleurer…

Vous qui avez reçu une formation de deux ans, que pensez-vous du débat sur l’allongement à cinq années d’études ?
En deux ans, j’ai évidemment appris des choses, mais les choses réelles, c’est dans la classe qu’elles se passent. Nous accueillons beaucoup de stagiaires ici, et je peux vous dire qu’après une demi-heure, je vois si ça ira ou pas… À la manière de s’adresser aux enfants, à leur feeling.

Il n’y a quand même pas que le feeling !
Non, il y a une base, et c’est vrai qu’on pourrait améliorer la maitrise des matières qui sont enseignées. Quand un stagiaire arrive en 6e, c’est parfois la grosse panique par rapport à la matière. Et quand je vois des fautes d’orthographe dans des préparations de leçons ou les difficultés à expliquer les accords du participe passé, ça ne va pas. Ce serait peut-être bien que les étudiants passent du temps à revoir toutes les matières qui sont au programme de toutes les primaires…

Rosalba Bacis:
Rosalba Bacis: " Il y a 27 ans, c’était plus facile de gérer une classe de 34 enfants qu’une classe de 20 aujourd’hui !"
© PROF/FWB

Ce qui serait peut-être intéressant aussi, c’est que nos stagiaires viennent nous voir en classe plus longtemps. J’en ai une qui vient ce mois-ci, et elle n’est venue qu’un seul jour en classe. C’est trop peu.

Vous avez toujours travaillé en 6e ?
Quand j’ai commencé, j’ai voyagé six ans. Ce n’était pas gai, parce que moi, j’ai besoin de m’investir beaucoup. J’ai besoin d’une relation particulière avec les enfants. Je vis avec eux, et ils passent plus de temps avec moi qu’avec leurs parents ! Je suis arrivée ici en 1989, pour un an, dans un statut précaire. Je n’avais pas de classe et je faisais du soutien en 1re et 2e primaires. J’ai d’ailleurs une admiration sans bornes pour ceux qui travaillent avec les plus petits. Fin juin, c’était fini. À l’époque, c’était plus difficile qu’aujourd’hui de trouver du travail. En septembre, je suis passée dire bonjour aux ex-collègues. Il avait fallu regrouper les 34 élèves de 6e dans une seule classe, avec deux professeurs. L’institutrice qui avait été désignée n’est pas venue, sans prévenir…

Madame la directrice m’a demandé si ça m’intéressait, et elle a téléphoné à l’échevin. Ça pouvait encore se passer comme ça à l’époque. C’était une chance incroyable parce que pendant quatre ans j’ai travaillé dans la même classe avec un instit chevronné qui m’a tout appris. On se relayait, et quand c’est lui qui donnait cours, j’étais au fond de la classe et j’ai refait ma 6e primaire avec lui… Quand vous débarquez et qu’on vous donne une 4e, vous êtes perdu ! C’est une chance s’il y a une autre classe de 4e avec un collègue qui accepte de partager son travail. Les enseignants sont très individualistes ! Chacun sa classe, ses élèves.

Où est la place du travail en équipe dans un tel contexte ?
J’ai la chance énorme de travailler dans une école où les collègues sont devenus des amis. Nous sommes tous individualistes, mais en réunion, chacun apporte sa contribution. Et bien entendu, on partage les ressources, les idées. En juin, l’institutrice de 5e me fait une liste de ce qu’elle a vu et on fait le point sur les difficultés des uns et des autres.

Et avec votre collègue de l’autre classe de 6e ?
Je le connais depuis vingt ans mais on travaille ensemble pour la première fois. Il est passionné, comme moi. C’est une véritable bouffée d’oxygène. Il me booste. En sciences, il n’arrête pas de faire des expériences. Moi, j’en fais beaucoup moins. Un jour, il a invité mes élèves à venir voir une expérience, puis il leur a dit de chercher des idées et de me proposer une expérience… On en est maintenant à la septième… On a maintenant un projet de pièce de théâtre ensemble. Il y a une grande complicité au niveau travail.

Vous n’avez jamais eu l’envie de quitter le métier ?
Si. Il y a une dizaine d’années. On avait dû regrouper les deux classes de 5e en un groupe de 29 enfants, dont 11 qu’on savait ingérables. Tous les jours, je pleurais. J’en ai discuté avec mon inspectrice, avec ma directrice. On m’a conseillé, pour ma survie, de plaquer la matière au tableau et de les assommer de travail. Si c’était pour faire ça, autant arrêter. C’est mon frère qui m’a persuadée d’aller jusqu’au bout.

Vous n’avez pas eu d’aide ?
Si, beaucoup. La directrice, une femme extraordinaire, prenait le relais quand c’était plus difficile. Et ma collègue de cinquième ne m’a jamais abandonnée. Quand je n’en pouvais plus, j’envoyais un élève la chercher… Je me demandais vraiment ce que j’avais fait pour ne pas avoir installé un climat propice à l’apprentissage, même si mes collègues me disaient que je n’étais pas en cause, qu’on avait constitué un groupe ingérable. J’ai eu beaucoup de soutien.

En plus de 25 ans, élèves et parents ont bien changé, non ?
Il y a un monde de différence. On est passé à l’époque de l’enfant-roi ! Les parents ne sont plus disponibles, les enfants sont livrés à eux-mêmes, on les traite comme des adultes miniatures… Et puis il y a les divorces, les familles recomposées. Il y a 27 ans, c’était plus facile de gérer une classe de 34 enfants qu’une classe de 20 aujourd’hui ! Quand on faisait une remarque, l’enfant revenait avec une double punition. Aujourd’hui, on répond que l’enfant ne fera pas la punition ou le travail demandé…

Quelle serait la juste place des parents ?
Ce qui serait génial, c’est qu’ils soient des référents pour leurs enfants. Que chaque enfant sache que s’il a un souci, une difficulté de compréhension, il peut se tourner vers papa, maman, la grande sœur ou les grands-parents. Ceci dit, il y a des parents demandeurs, qui viennent me trouver pour demander comment faire, comment réagir. Mais au début, j’étais enseignant. Maintenant, je suis enseignante, éducatrice, psychologue, confidente, maman, mais aussi le grand méchant loup. Pourtant, ce n’est tout de même pas à moi d’apprendre aux enfants qu’on dit bonjour aux gens !

Les qualités nécessaires à votre métier ?
La passion. Savoir se remettre en question et s’adapter. Ne pas considérer les enfants comme des mini-adultes : ils ont leur place d’enfants. Et de la patience, quand même…

Propos recueillis par
Didier CATTEAU

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