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Magazine PROF n°27

 

L'info 

« Je suis accro au projet PSM : mon fils a arrêté le cannabis »

Article publié le 01 / 09 / 2015.

PSM pour Prévention, sensibilisation et mobilisation. C’est le nom du projet-pilote de lutte contre les assuétudes au Collège technique des Aumôniers du Travail, à Charleroi. Après quatre ans, il a fait ses preuves. Mais pourra-t-il être pérennisé ?

Fin mai 2015, 140 personnes participaient à la conférence sur les assuétudes organisée par le Collège technique des Aumôniers du Travail, à Charleroi (CTAC). Son objet ? Permettre aux acteurs du projet Prévention, sensibilisation et mobilisation (PSM) de témoigner devant des élèves, des parents d’élèves, des représentants d’autres écoles, des policiers, des élus…

Jean Coopmans, directeur du Collège : « Notre école prépare des élèves à entrer dans l’industrie et le bâtiment. Dans ces domaines, fumer fait partie du job et est fortement banalisé, même si c’est un problème de santé publique. La loi qui interdit de fumer dans les établissements publics, c’est bien. Mais personne ne donne aux écoles les moyens pour la faire appliquer ».

Pour se donner les moyens, le Collège a engagé dès 2011 un éducateur spécialisé, Fred Hublet, dans le cadre d’un emploi APE (aide pour l’emploi). Avec des partenaires externes, il a mis en œuvre un programme de huit ateliers par an de sensibilisation, d’abord sur le tabac puis, les années suivantes, sur l’alcool et sur le cannabis. Et il a également lancé des programmes internes de sevrage, avec l’aide du tabacologue Martial Bodo et de l’ASBL Trempoline (1).

« Les jeunes viennent aux assuétudes le plus souvent d’abord par plaisir, explique l’éducateur. Mais d’autres facteurs entrent en jeu : le marketing, la banalisation, la désinformation, le désintérêt des autorités. Et, dans les écoles, les enseignants sont peu informés sur les impacts des assuétudes ».

« Les acteurs témoignent »

Michaëlla est la maman d’un élève qui suit le programme : « Beaucoup de jeunes essaient le tabac pour faire comme les autres et se foutent des interdits et des discours des adultes ». La fatigue de son fils était anormale. Sa relation avec ses parents s’estompait. Des odeurs apparaissaient, sur les vêtements, dans la salle de bains. À l’école, ses retards et ses absences augmentaient.

« Lorsque j’ai su que mon fils fumait du cannabis, je n’ai rien interdit, poursuit-elle. J’ai voulu préserver sa confiance. Je suis parvenue à savoir ce qu’il consommait. J’ai accepté l’échec d’une année scolaire. Quand il a vu qu’il était au fond, et avec l’aide de Fred, il a pu remonter et se sevrer. Aujourd’hui, il sait nager dans la vie et il s’implique dans sa formation : il a remporté le concours du chalumeau d’or dans son école. Je suis fière de lui ».

Dominique, une autre maman, n’était pas préparée à détecter les assuétudes. « À mon époque, à l’école, le consommateur était l’exception. Aujourd’hui, ce serait plutôt le non-consommateur. Un enseignant a attiré mon attention sur le comportement de mon fils. Mais il n’a pas pu aller plus loin. J’ai cherché l’aide d’associations. Elles sont nombreuses. Laquelle choisir ? Un jour, mon fils m’a demandé de rester à l’école le mercredi après-midi, avec Fred. Dans la foulée, il s’est livré : son assuétude, son parcours déjà accompli, ses buts... Je suis devenue accro… à ce projet ».

Caroline Soudron est psychologue chez Trempoline, une ASBL qui fonctionnait pour un public adulte. Il y a deux ans, celle-ci a ouvert Quai Jeunes, un service ambulatoire pour les 14-21 ans, pour proposer une prévention plus précoce. « Six mois plus tard, nous étions partenaires du projet PSM. La mise en confiance ne s’est pas faite toute seule. Nous avons dû entrer dans l’école, participer au programme de sensibilisation, avant d’inviter des jeunes à poursuivre leur démarche en nos locaux ».

« Un taux d’efficacité remarquable »

Martial Bodo est tobacologue à l’Institut Jules Bordet, à Bruxelles. Celui-ci a, depuis longtemps, proposé aux bien-portants d’arrêter de fumer avant d’attraper un cancer. « Lorsque le Collège nous a demandé de l’aide, nous n’avons pas hésité. À ma connaissance, c’est la seule action qui combine prévention et curation dans une école en Fédération Wallonie-Bruxelles et elle a un taux d’efficacité remarquable ». Tant pour le tabac que pour le cannabis, le sevrage de PSM a 50 \\% de réussite. En quatre ans, une trentaine d’élèves ont arrêté de fumer. « De plus, la loi qui interdit de vendre de l’alcool aux mineurs, combinée à notre sensibilisation, a fait chuter la consommation dans l’école », ajoute Fred Hublet.

Mais ce tobacologue se pose des questions sur la suite du projet : « Nous collaborons gratuitement au sevrage, pendant plusieurs mois. Nous avions une aide du fédéral. Avec la réforme de l’État et la redistribution des compétences, nous sommes à la recherche d’une aide régionale. Par ailleurs, Fred est dans un emploi précaire : sa subvention doit être renouvelée chaque année ».

Étendre l’action

Les réponses des représentants politiques semblent positives. « La ministre de l’Éducation soutiendra le projet l’année prochaine », explique Gérard Alard, un de ses directeurs de cabinet. Véronique Salvi, députée wallonne, ajoute : « Avec le cabinet du ministre wallon de la Santé, nous cherchons des pistes de soutien, dont une recherche-action pour vérifier la transposabilité d’un tel projet. On est sur du pratique, du pragmatique. Si on est là, ce n’est pas pour rien ». Quant à l’échevin de la Santé de Charleroi, Mohamed Fekrioui, il évoque aussi la recherche de soutien pour étendre l’action à d’autres écoles de la ville : « Avant tout, nous devrons vérifier les besoins et la volonté des directions de s’impliquer. Ensuite, il nous faudra trouver des clones de Fred Hublet, qui lient l’expertise à la passion et à la mise en confiance des jeunes ».

La contagion a déjà commencé. L’Institut Jean-Jaurès, à Charleroi, collabore avec Fred Hublet à la fois pour le tabac et le cannabis, depuis février. « Trois de nos élèves ont déjà arrêté de fumer, détaille son préfet, Bruno Drelli. Nous étudions la possibilité de détacher un de nos éducateurs pour faire la même chose dans notre école. Mais nous tenons à continuer la collaboration l’année prochaine : M. Hublet dispose d’une expertise que nous n’avons pas ».

Et l’éducateur spécialisé de conclure : « Il nous reste beaucoup de choses à faire, notamment pour les parents. Nous essayons de les impliquer, dans la mesure du possible. Parfois, leur propre consommation est un handicap. Il faut également que le jeune soit preneur. Toutefois, l’an prochain, à la suite d’une proposition de Michaëlla, nous avons décidé de mettre sur pied un groupe de paroles destiné aux parents ».

Patrick DELMÉE

(1) Lire « Des moyens pour assumer l’interdiction de fumer, sinon… » dans  notre numéro (20) de décembre 2013, pp. 28-29.

 

 

Paroles de fumeurs

Grâce au programme mené au Collège technique des Aumôniers du Travail, Alex, 20 ans, a arrêté de fumer du tabac depuis trois mois. Il avait commencé à 8 ans ! « Il faut beaucoup de motivation. Avec de l’aide autour de nous, comme à l’école, c’est encore mieux. Aujourd’hui, je refais du sport. Je vis mieux en famille et avec mes amis ».

Maxime, 22 ans, fume depuis ses 10 ans. Son déclic, il y a quatre mois ? Le témoignage d’un cancéreux : « La 1re semaine, je ne dormais plus. Fred, Martial, les autres élèves me soutiennent. Je vois la différence dans mon physique et dans mon portefeuille ».

Alex, le fils de Michaëlla, a 17 ans et termine sa 3e P mécanique polyvalente. « J’étais à un gramme par jour : quatre joints pour un budget de 15 €. J’ai dit stop il y a trois mois. Le sevrage du cannabis est plus difficile que celui du tabac. Il faut combattre le ‘pétage’ en plus. L’arrêt a été dur. J’ai craqué plusieurs fois. Mais aujourd’hui, je tiens le coup. J’avais peur des congés et que mes amis me prennent pour un extra-terrestre. Mais ils sont plutôt admiratifs. Et j’ai une meilleure relation avec ma copine qui arrête aussi le tabac ».

Simon, élève de 6e P électricité industrielle, est le fils de Dominique. Il a 19 ans : « Dans ma rue, et à l’école, tous les grands fumaient. J’ai commencé à 14 ans. Tabac et cannabis. Cela me faisait du bien, comme quand on boit un bon verre. Cela coute cher. Il faut se débrouiller. Mais pour se fournir, rien de plus facile. Lorsque Fred est venu me parler, cela a fait tilt. » Il était à deux grammes par jour. Il ne tire plus qu’une taffe occasionnellement.

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