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PROF : couverture du n°4

Editorial de PROF n°4

L’art de retomber sur ses pattes

L’autre soir, comme beaucoup d’entre vous sans doute, je regardais d’un oeil distrait – je l’avoue – ce mur de polystyrène tomber comme un domino, à deux pas de la porte de Brandebourg, et Lech Walesa vaciller sur ses bases après la première pichenette.
Joli symbole.

Trois-quatre jours auparavant, j’écoutais mon fi ston occupé à réviser sa carte de l’Europe, géographique mais surtout politique : vingtsept pays, et autant de capitales. Pas question d’inverser Bucarest et Budapest, d’oublier Tallinn ou Riga, de confondre Lettonie et Lituanie. Et je me souvenais de mon Europe à moi. Celle de mon enfance et des cartes géographiques que Monsieur Bernard déroulait précautionneusement au tableau noir, craignant d’aggraver les craquelures du temps.

Il nous suffisait d’associer Paris et sa Tour Eiffel, Bruxelles et Manneken Pis, Berlin et son mur, Rome et le Colisée, et c’était dans la poche.
Il nous suffi sait d’éviter le piège tendu par Amsterdam et La Haye. Six, neuf, puis dix, douze pays… J’en suis resté là au sortir de l’école.
Mais vingt-sept ! À situer sur la carte, par-dessus le marché… Presque pire qu’un tableau de Mendeleïev. Tiens, au fond, a-t-il changé, lui, depuis la chute du Mur ? Pardonnez-moi, mais en chimie, je n’ai pas tout suivi. Je vais demander au plus grand. En quatrième, il doit savoir ça…

Je repense à cette interview de la professeure Dominique Lafontaine, que vous pourrez lire dans ces pages, et qui évoque le seuil d’exigence sociale, en matière de lecture mais aussi de compréhension et de maitrise* des nouveaux outils de communication. D’ailleurs, pendant que j’écrivais cet édito, mes trois garçons ont eu besoin d’internet et de l’ordinateur pour étudier ou pour alimenter leurs devoirs. Nos dictionnaires ne leur avaient été que d’un maigre secours… Et qu’on ne me dise pas que tout fout le camp ou que les jeunes n’en veulent plus.
Quand je vois tout ce qu’ils doivent digérer ! Il y en a même qui deviennent des as du micro, à Cortil-Wodon, comme on le lira aussi ici.

Qui aurait pu croire il y a quarante ans à une Europe si large ? Qui aurait imaginé de tels changements dans la transmission des savoirs ?
Au fond, tout l’art ne serait-il pas d’intégrer ces évolutions à notre vision du monde ? De transmettre cette capacité aux générations qui nous suivent ? De retomber sur ses pattes ? Sans doute. Mais pas toujours indemnes. Pas quand des enfants sont morts d’avoir joué.
Au foulard. Pour leurs proches, leurs copains de classe, leurs enseignants, plus rien ne sera comme avant. Et qu’on ne me dise pas, d’un haussement d’épaules fataliste, que tout fout le camp… ?

Didier CATTEAU
Rédacteur en chef
Maîtrise

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